La Presse
L’une des plus belles qualités de cette très jolie chronique de Léa Pool réside assurément dans ce choix qu’a fait la cinéaste de toujours maintenir le récit de Maman est chez le coiffeur à hauteur d’enfant. On ne montre ainsi jamais plus de cette histoire d’adultes que ce que la jeune héroïne en perçoit.
En cet été 1966, alors qu’elle est occupée à profiter de la belle saison, Élise, une jeune fille de 12 ans, sent pourtant bien qu’un drame se prépare au sein de sa famille. Il n’y a pour l’instant rien de bien concret qui puisse l’en avertir mais, quand même, une impression, un malaise s’installe. Qui se confirme le jour où elle surprend une étrange conversation téléphonique dans laquelle s’engage son père (Laurent Lucas). Sans vraiment comprendre la nature de cet échange, Élise a alors le réflexe de passer le combiné à sa mère (Céline Bonnier). Qui écoute. Ce que cette dernière apprend alors de son mari est si intolérable à ses yeux qu’elle ne peut faire autrement que partir. Cette journaliste de profession demande un déplacement à Londres. Et laisse ses enfants derrière, le temps de réorganiser sa vie.
Le récit s’attarde ainsi à décrire les effets de l’absence de la mère dans les vies des trois enfants de la famille. Et leur façon, à chacun, de composer avec cette nouvelle réalité. Étant l’aînée, Élise prend sur ses jeunes épaules la responsabilité de maintenir un semblant de normalité dans les circonstances.
Maman est chez le coiffeur est un film dont la charge émotive est portée par la douleur que provoque le départ de la mère. La situation est évidemment dramatique, mais la cinéaste, portant ici à l’écran un scénario qu’a écrit Isabelle Hébert en s’inspirant de ses propres souvenirs, traduit aussi magnifiquement cette faculté qu’ont les enfants de développer des mécanismes de survie.
Aussi la réalisatrice est-elle parvenue à dépeindre un monde aux contours innocents, sans ne jamais louvoyer entre les thématiques qu’elle aborde. La reconstitution d’époque est aussi très juste (on pense parfois à C.R.A.Z.Y. à cet égard), et le film, non dénué de soleil et d’humour, est traversé par de très beaux traits de mise en scène.
Marianne Fortier, révélée grâce à Aurore, porte pratiquement le film à bout de bras. Elle offre ici une composition très habilement modulée. On ne peut d’ailleurs que s’émouvoir face à la transformation intérieure de la jeune fille. Qui mettra pratiquement sa propre douleur en réserve pour mieux s’occuper de celle de ses jeunes frères. Les deux jeunes acteurs qui lui donnent la réplique, Élie Dupuis et Hugo St-Onge-Paquin, sont aussi à la hauteur, particulièrement le cadet, très touchant dans le rôle d’un enfant qui s’isole de plus en plus dans son monde intérieur. Dommage que le jeu des jeunes du voisinage ne soit pas toujours au même niveau.
Le film bénéficie par ailleurs des performances impeccables des adultes. Dans un rôle difficile, Céline Bonnier parvient à toujours trouver la note juste. Gabriel Arcand est aussi remarquable dans le personnage Monsieur Mouche, un homme muet avec qui Élise tissera des liens. Laurent Lucas y va lui aussi d’une prestation irréprochable, évoquant avec discrétion le profond déchirement qui habite ce père de famille, complètement dépassé par la situation.
Maman est chez le coiffeur s’inscrit de façon parfaitement cohérente dans l’oeuvre d’une cinéaste pour qui l’enfance est visiblement une grande source d’inspiration. Léa Pool nous offre ici un autre très beau film.
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***1/2
Maman est chez le coiffeur. Drame réalisé par Léa Pool. Avec Marianne Fortier, Céline Bonnier, Laurent Lucas, Gabriel Arcand. 1h37.
Un très beau film, réalisé par une cinéaste visiblement très inspirée.