Le Soleil
Lucien Rivard est une légende méconnue de la petite histoire du crime québécois. À une époque où ses compatriotes se contentaient de leur petit pain, cet escroc discret et effacé avait décidé d’aller jouer dans la cour des grands, aux États-Unis, à Cuba et en Asie.
Le piège américain, de Charles Binamé, d’après un scénario de Fabienne Larouche et Michel Trudeau, relate le parcours atypique de cet homme (Rémy Girard) dans une Amérique des années 60 en pleine ébullition.
Rivard fait son chemin dans le monde du trafic d’armes et d’héroïne, entre La Havane, La Nouvelle-Orléans, Dallas et Montréal, entre un collaborateur aux allures de seigneur (Gérard Darmon) et un chef de police corrompu (Colm Feore).
Si l’histoire de Lucien Rivard avait pu faire un bon documentaire, elle devient devant la caméra du réalisateur de Maurice Richard et de Séraphin : un homme et son péché un drame qui cherche sa voie sans la trouver, et dépourvu de ressorts capables de faire rebondir l’action au-delà de l’anecdotique. D’une âme, Le piège américain et son personnage en sont dépourvus.
C’est avec détachement qu’on assiste aux magouilles de haut vol de Rivard, à ses transactions dans la jungle cubaine ou asiatique pour vendre des armes aux rebelles, à sa liaison jamais claire (et inintéressante) avec une prostituée junkie (Janet Lane).
On l’est d’autant plus lorsque le film essaie désespérément de faire des liens entre Rivard et l’assassinat du président Kennedy. Le piège américain devient alors une version édulcorée de JFK, d’Oliver Stone, avec un organigramme où s’insèrent les Lee Harvey Oswald, Jack Ruby et autres Clay Shaw.
Rémy Girard incarne son personnage avec le talent et l’honnêteté qu’on lui connaît, mais l’absence d’enjeux dramatiques et le ton parfois didactique du film finissent par avoir raison de ses meilleures intentions.
Ce «voyage imaginaire dans la tête» de Lucien Rivard, entre rêve et réalité, s’avère au final un piège qui se referme sur le spectateur.