La Presse
Avec les sorties quasi simultanées du
Caïman de Nanni Moretti et de
Romanzo criminale de Michele Placido, le spectateur montréalais peut enfin se farcir un peu de bon cinéma italien, lequel fut singulièrement absent de notre paysage au cours des dernières années.
Romanzo criminale, une adaptation du roman de Giancarlo De Cataldo, s'inscrit dans la tradition du grand cinéma populaire italien et propose, en prime, une vraie modernité dans la narration et la manière de filmer.
Placido offre ici un bon spectacle qui mêle à la fois l'intime et le social. En plongeant dans une autre époque, en la reconstituant de façon aussi crédible, il trace aussi des liens indéfectibles avec le monde contemporain.
Cette autre époque, c'est celle des «années de plomb». Les années 70 furent en effet marquées par une vague de terrorisme avec des attentats commis d'un côté par des fascistes, et de l'autre par les Brigades rouges, un groupe d'extrême-gauche. L'enlèvement et l'assassinat du dirigeant démocrate-chrétien Aldo Moro a bien entendu marqué cette période.
L'intrigue de
Romanzo criminale s'attarde ainsi à décrire le parcours de la bande de Magliana, constituée de jeunes Romains qui, au lieu de dépenser l'argent d'une rançon qu'ils ont obtenue en kidnappant un notable, ont préféré investir pour élargir leur influence. Divisé en trois chapitres, le récit relate ainsi l'ascension, puis la chute, d'une organisation dont les destinées seront menées par trois leaders différents.
Dans ce film de gangsters, Michele Placido assume parfaitement ses influences. Le film commence d'ailleurs par un hommage à
Accatone de Pasolini en présentant les jeux d'enfants de ceux qui, des années plus tard, feront partie de la bande. Les surnoms des personnages rappellent la manière Tarantino (le « Froid», le «Libanais», le «Dandy»); l'univers dépeint évoque celui de Scorsese; et la mise en scène ramène le souffle épique qu'avait mis Sergio Leone dans
Il était une fois en Amérique.
Surtout, Placido sait faire exister ses personnages. C'est à travers eux que le cinéaste impose l'aspect romanesque du récit, dans lequel il insère habilement des scènes d'archives. Pas d'esbroufe, pas de fioriture. Placido emprunte un style direct qui sied parfaitement au propos. Même si l'intrigue fait écho à l'enquête que mène un policier, le cinéaste se place néanmoins toujours du côté des membres de la bande, histoire de toujours garder une vue de l'intérieur.
Le résultat est d'autant plus probant que tous les acteurs offrent ici des prestations remarquables. Stefano Accorsi (le policier), Kim Rossi Stuart, Perfrancesco Favino, Claudio Santamaria et Riccardo Scamarcio, relativement peu connus chez nous même s'ils sont des stars en Italie, sont saisissants.
Il est aussi assez remarquable de constater que Jasmine Trinca, qu'on peut aussi voir dans Le caïman, et Anna Mouglalis ont de vrais rôles à défendre dans ce film d'hommes. Bien sûr, le récit aurait pu être resserré un peu, et le dernier chapitre prête parfois à confusion. N'empêche que cette «romance criminelle» a vraiment de quoi séduire.
Romanzo criminale a pris l'affiche à Montréal en version originale italienne avec sous-titres français, de même qu'en version doublée française.______________________________
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ROMANZO CRIMINALE, drame policier réalisé par Michele Placido. Avec Kim Rossi-Stuart, Stefano Acorsi, Anna Mouglalis, Pierfrancesco Favino.
Dans les années 70 à Rome, l'histoire d'une petite bande de copains qui se transforme peu à peu en une organisation criminelle...
Un film de gangsters qui a du souffle.