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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Le grand public ne veut pas savoir d’avance les ultimes dénouements d’une intrigue. Il ne veut pas se faire vendre le punch. Il veut vivre lui-même sa propre expérience et c’est tout à fait compréhensible. Mais cela rend la tâche compliquée au journaliste qui se trouve dans une situation délicate : peut-il vraiment écrire à propos d’un film dont il est tenu de ne pas révéler les tenants et les aboutissants? Comment parler sérieusement de, disons au hasard, Rosemary’s Baby de Polanski sans mentionner qu’à la fin le personnage interprété par Mia Farrow accouche VRAIMENT de l’antéchrist?
M. Night Shyamalan, sorte de prodige en son domaine (le thriller fantastique), véritable auteur de bon cinéma populaire et, quelque part, fils spirituel de Spielberg, est déjà maître dans l’art de confondre le grand public. Ses thrillers, parfois fascinants (The Sixth Sense, Signs), parfois tristement prévisibles (The Village), parfois mal compris (Lady in the Water) sont les œuvres d’un artiste sincère, d’un magicien qu’on devine un peu mégalo, mais un grand homme du divertissement. The Happening est à notre avis un bon film de Shyamalan. Un film qui fera sans doute date dans cette étrange veine du «cinéma commercial post-11 septembre», cinéma à la fois symptôme et remède d’un moment historique difficile sur lequel on disserte encore maladroitement et qui compte les excellents The Mist, 28 Days Later, Children of Men, Cloverfield ou le formidable et humble Diary of the Dead de Romero, sorti sans crier gare en DVD.
Complètement parano mais jouissif, The Happening est un film de zombis tendance écolo. Un pollen d’origine inconnue se répand ici et là au gré du vent, transformant les braves citoyens en loques dévitaminées, dépressives et suicidaires. Au contact de cette «mousse» végétale, enfin de cette chose invisible et dévastatrice, les gens mettent fin à leurs jours de manière expéditive et violente. Évidemment, ces tragédies en série sèment la panique en Amérique. Les autorités et leurs sbires croient spontanément à l’attentat terroriste alors qu’il s’agit bel et bien d’une sorte de revanche de Dame Nature, ou d’un étrange processus d’élimination des êtres indésirables (la race humaine en l’occurrence).
Shyamalan va loin. Son film, engagé pour des causes qui nous préoccupent tous (réchauffement climatique, pollution, disparition inquiétante de variétés d’insectes, de plantes et d’animaux, détresse généralisée, perte d’espoir) n’est pas d’une grande subtilité. Mais il a le mérite, parce qu’il s’adresse aux masses, de secouer les consciences et de «rappeler à l’ordre», métaphoriquement, un peu grossièrement certes, mais avec grande sincérité. En ce sens, The Happening s’élève plusieurs crans au dessus de l’insupportable The Day After Tomorrow de Roland Emmerich, qui n’était qu’un show de destruction massive déguisé en leçon de choses. On est content de retrouver M. Night en forme, et résolu à faire ses films tel qu’il entend les faire, quitte à trouver ses producteurs ailleurs que chez Disney.
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THE HAPPENING (V.F.: L’événement). Drame fantastique de M. Night Shyamalan. Avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, John Leguizamo. 1h31.
L’Amérique est menacée par un mal mystérieux, une sorte de virus colporté par les végétaux et qui rend amorphe, dépressif et suicidaire!
Un beau gros film écolo pour les masses, sans nuance, mais franchement pertinent. Belle pièce de cinéma populaire servi avec propos.