La Presse
Il n’y a pas 56 manières d’évaluer l’efficacité d’une comédie. On rit ou on ne rit pas. Les centaines de milliers de Québécois qui ont fait de Cruising Bar un succès il y a 19 ans – et qui l’ont maintenu dans notre mémoire collective depuis – prendront probablement leur pied avec ce nouvel opus, tant réclamé. Les autres resteront de glace, comme ils l’ont fait devant le film original. Et rentreront chez eux, à l’instar des protagonistes, un peu dépités...
Michel Côté, qui cosigne cette fois la réalisation du film avec Robert Ménard, propose en effet exactement la même chose: une succession de gags (plus ou moins réussis) qui tient lieu de scénario, sans que le fil ne soit assez solide pour permettre au récit de prendre vraiment son envol.
Ce qui apparaîtra comme une qualité aux yeux des admirateurs deviendra ainsi un écueil sérieux dans l’esprit des non-convertis : la stagnation sur le plan du fond et de la forme. Cruising Bar 2 aurait pu être tourné il y a 19 ans, rien n’y paraîtrait. La partition musicale, qu’on dirait tout droit sortie d’un mauvais film des années 70 (Jean-Marie Benoît a pris le relais de Richard Grégoire), donne à cet égard un gros indice dès le départ.
Figés dans le temps
Surtout, les quatre antihéros, dans lesquels Côté se glisse avec un égal talent, n’ont pas évolué d’un iota, pas plus, semble-t-il, que le monde dans lequel ils vivent.
À vrai dire, ces quatre personnages sont tellement restés figés dans le temps que leur interprète-géniteur semble vouloir grossir encore plus le trait pour en accentuer le décalage. Ayant aujourd’hui atteint la cinquantaine, le lion, le taureau, le paon et le ver de terre sont désormais pathétiques à un point où leur comportement grotesque ne leur est même plus apparent. Or, Côté en rajoute plutôt que de laisser ses personnages rôtir dans leur propre jus.
La construction du récit est par ailleurs la même: quatre histoires distinctes, montrées parallèlement, au cours desquelles quatre hommes en quête d’amour utilisent toutes leurs «ressources» pour combler leurs besoins. Tout comme l’original, Cruising Bar 2 tient ainsi plus du film à sketchs. Si certains flashes sont un peu plus inspirés (Jean-Jacques, le paon, qui se retrouve dans un bar où les convives choisissent l’air qu’ils respirent), la minceur du propos se fait souvent sentir assez cruellement. C’est particulièrement le cas dans le dernier acte, inutilement long, au cours duquel les protagonistes n’en finissent plus «d’épiloguer». Le dénouement de l’interminable scène du lion dans la discothèque – où il se déchaîne sur le plancher de danse – n’est à cet égard pas très «payant». On se demande franchement pourquoi on a voulu créer une telle montée si c’est pour accoucher d’une chute aussi faiblarde.
Pour le reste, on retrouve ici le même quota de gros gags prévisibles, livrés, il est vrai, par un Michel Côté visiblement enthousiaste.
Maintenant la question: quelle cote un chroniqueur peut-il attribuer dans un tel cas de figure? Si l’on en juge par les qualités d’écriture et de réalisation, Cruising Bar 2 n’appelle pas vraiment d’accolade. En revanche, ce deuxième chapitre comblera les attentes de ceux qui ont fait du premier un immense succès. Faisons alors un compromis. Attribuons ainsi une cote «passable» à cette comédie qui, de toute façon, n’aura pas besoin de nouveaux admirateurs pour faire résonner les tiroirs-caisses.
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CRUISING BAR 2. Comédie réalisée par Robert Ménard et Michel Côté. Avec Michel Côté. 1h43.
Quinze ans plus tard, le lion, le taureau, le ver de terre et le paon ont vieilli, mais ils mettent quand même à l’épreuve leur pouvoir de séduction.
Les admirateurs apprécieront; les autres rentreront chez eux un peu dépités...