Le Soleil
Québec
Lors de sa sortie, en 1989, Cruising Bar s’était attiré une avalanche de commentaires négatifs de la part des journalistes. Ce qui n’avait pas empêché le film de connaître un succès fou au box-office et de s’élever même au rang de comédie culte.
Près de 20 ans plus tard, le paradoxe risque de se répéter. En dépit de tout le mal que pourront en dire les critiques, Cruising Bar 2 devrait faire courir les foules. L’exemple type du film téflon auquel rien ne colle.
Une situation qui s’explique facilement. D’abord, cette suite est attendue avec impatience depuis des années; ensuite, Michel Côté, fabuleux alter ego des caricaturaux Gérard, Jean-Jacques, Patrice et Serge, jouit d’une énorme cote d’amour auprès du public.
Les quatre losers de la drague reprennent donc du service. Ils ont tous vieilli, mais n’ont pas nécessairement changé pour le mieux.
Avec sa bonhomie légendaire et son insatiable besoin d’aller au lit avec la première venue, Gérard le Taureau est toujours le même. On rit encore de le voir mentir à sa femme comme un arracheur de dents, et crouzer la femelle à son kitsch piano bar. Sauf que des ennuis de plomberie intime lui feront prendre conscience que c’est peut-être auprès de sa femme (Véronique Leflaguais) qu’il est le mieux.
Le nombriliste Jean-Jacques, dit le Paon, est toujours à la recherche de la femme plus-que-parfaite. Lorsqu’il voit une élue potentielle, il la passe au scanner, et gare à la moindre petite imperfection lorsqu’il faut se retrouver au lit avec elle. Sauf que Jean-Jacques traverse une crise existentielle. Ses déconfitures amoureuses avec les femmes seraient-elles reliées à une homosexualité latente? Quoi de mieux que d’essayer un rapprochement physique pour en avoir le cœur net…
Après avoir perdu sa blonde et son job de cascadeur, Patrice, dit le Lion, réintègre le marché de la drague, accablé par les premiers pépins de santé de la cinquantaine. Dans les discothèques, les choses ont cependant bien changé depuis la dernière fois.
Le toujours pathétique Serge le Ver de terre ne désespère pas de trouver l’âme sœur. C’est dans un cours de danse sociale, non sans quelques tribulations propres au personnage, que sa patience sera récompensée.
Ennui et lassitude
Cruising Bar 2 ne réinvente rien et ne vole pas très haut. On reprend les personnages comme si on les avait quittés la veille, l’effet de surprise et de nouveauté en moins. Faute d’un fil directeur solide, c’est avec ennui et lassitude qu’on suit les pérégrinations sentimentales des quatre antihéros. Les situations cocasses qui font rire se comptent sur les doigts d’une main. La plupart des gags tombent à plat, dans la plus parfaite indifférence.
Seul le truculent (mais prévisible) Gérard a droit à une certaine indulgence. Jean-Jacques fait naître quelques sourires, sans plus. Serge est d’un pathétisme toujours aussi gênant, alors que le personnage de Patrice est carrément inintéressant.
On ne saurait reprocher à Robert Ménard et Michel Côté de s’être fait convaincre de tourner un second épisode. On s’attendait seulement à ce que les gags
faciles et prévisibles aient fait place, 20 ans plus tard, à un peu de subtilité et de finesse.