Le Soleil
On avait bien rigolé, il y a cinq ans, des (més)aventures des colorés insulaires de La grande séduction. Avec Bienvenue chez les Ch’tis, les Français s’offrent un peu le même cadeau : rencontre du rural et de l’urbain, confrontation des accents et blagues régionales à profusion.
La proposition de Dany Boon a fait mouche : plus de 20 millions d’entrées ont été enregistrées dans l’Hexagone depuis la sortie de Bienvenue chez les Ch’tis en février, brisant tous les records d’assistance pour un film français. Si le caractère charmant de cette comédie est indéniable, on doute toutefois, différences culturelles obligent, que le film trouve la même résonance ici.
Les Ch’tis annoncés dans le titre, ce sont les habitants de la région Nord-Pas-de-Calais. Ils sont dotés d’un patois reconnaissable (et parfois incompréhensible) et affublés des pires préjugés par les citadins du Sud. On se moque de leur accent, on les voit comme des paysans un peu primaires, on imagine que le froid nous rongera les orteils si on leur rend visite. Mais à leur rencontre, on apprécie vite leur accueil chaleureux... Ça nous rappelle quelque chose!
Mutation surprise
«L’étranger» qu’on parachute parmi ces drôles de personnages est cadre à la Poste. Il souhaitait être muté sur la Côte d’Azur... Pas de chance. Au lieu d’un maillot, c’est un ridicule (et inutile) anorak qu’il doit mettre dans sa valise. Souhaitant éviter le «cauchemar» du Nord à sa femme un brin dépressive et à son fils, il part seul. Bien malgré lui, alors que ses proches le voient comme un martyr, il se surprend à abandonner sa condescendance et à se plaire à Bergues, parmi une petite communauté tricotée serré.
Ce sont d’ailleurs ces nouveaux amis, Antoine Bailleul (Dany Boon) en tête, qui charment le plus dans Bienvenue chez les Ch’tis. On peine bien à les comprendre au début, mais ils ne tardent pas à nous donner un code d’interprétation de leur langage... Les «s» deviennent des «ch», les «ch» se traduisent en «qu», «toi et moi» se prononcent «ti et mi», etc. Pas même besoin de sous-titres!
Les différences langagières donnent lieu à bien des malentendus, sur lesquels reposent les principaux effets comiques du film. Pour le reste, l’histoire, sans prétention et empreinte de naïveté, tient à bien peu de choses. On rigole, mais une fois leurs petites manies et leurs problèmes de cœur apprivoisés, les Ch’tis n’offrent pas grand substance à se mettre sous la dent. Loin du phénomène observé chez nos cousins français, on peut compter de ce côté-ci de l’Atlantique sur une chouette comédie d’été.