La Presse
En guise d’entrée, Le banquet de Sébastien Rose offre une scène alternant les points de vue. D’un côté, les manifestants. De l’autre, les invités. La tension monte, la ceinture policière craque, et…. Et le matin se lève, lumière froide, blanche, sur un carnage.
Il ne faut pas plus d’une minute, montre en main, pour entrer de plein fouet dans ce Banquet, pour jeter le spectateur entre les pattes des personnages.
D’eux, on ne dira pas grand-chose, pour ne pas gâter le plaisir du spectateur. Une jeune mère toxicomane (Catherine de Léan) tente de retomber sur ses pattes. Un professeur d’université (Alexis Martin) rencontre un étudiant désinvolte et inquiétant (Benoît McGinnis). Autour d’eux, dans les longs couloirs de l’université, les tensions se polarisent entre étudiants en colère et le recteur de l’université (Raymond Bouchard), qui rêve d’un monde sans bourses et avec prêts, d’un campus immobilier et de rentabilité.
En bonne tragédie moderne, le film fait converger habilement ses personnages vers un dénouement fatal. Au passage, Rose, et son père, avec qui il cosigne le scénario, déboulonnent bon nombre d’idées politiquement correctes et communément admises.
Film hybride, Le banquet tient tant de l’œuvre politique que sociale. Les extraits des films et références faites aux maîtres du cinéma québécois (Groulx, Jutras, Brault) traduisent un souci pour la suite du monde.
Avec ce troisième long métrage, Sébastien Rose semble avoir trouvé sa voix. Il livre ici un film presque irréprochable, qui ne donne jamais dans le tape à l’œil, ne cède pas à l’esthétique à la Gus Van Sant (et pourtant, la tentation est là), et qui parvient, sans autre artifices que ceux du montage, à maintenir le spectateur en haleine.
On peut dire ici tout le bien que l’on pense du montage sans fausse note de Dominique Fortin, mais aussi celui de l’excellent directeur-photo Nicolas Bolduc.
Du côté des comédiens, Raymond Bouchard «livre la marchandise», si l’on peut dire, dans la peau d’un recteur manipulateur et cynique, éminence grise d’une université au bord de la faillite financière et morale.
Alexis Martin et Benoît McGinnis installent immédiatement entre eux un malaise inquiétant. Martin se glisse parfaitement bien dans les habits du professeur élitiste et intellectuel. Mais la révélation vient sans conteste de Benoît McGinnis. Le jeune comédien, habitué au théâtre, s’impose d’un bout à l’autre du récit. Ombre noire sur le film, il donne à son personnage un charisme funeste, sans forcer le trait. Cette performance devrait promettre d’ici peu le jeune McGinnis à de nouveaux projets cinématographiques…
Film réfléchi, très bien conduit, très bien construit, Le banquet est l’un des films forts de l’année. Sébastien Rose réussit avec brio à se pencher sur un phénomène social, ici, l’éducation, sans pêcher par excès de militantisme, ni tomber dans les défauts du film à thèse. La comparaison avec les récents films de Denys Arcand traverse l’esprit. Le banquet est, heureusement, un film beaucoup moins réactionnaire et beaucoup plus moderne que Les invasions barbares ou L’âge des ténèbres.
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***1/2
LE BANQUET. Drame de Sébastien Rose. Avec Benoît McGinnis, Alexis Martin, Raymond Bouchard, Catherine de Léan, Frédéric Pierre et Pierre-Antoine Lasnier.
Autour de l’université, plusieurs destins se croisent, et se retrouvent fatalement unis.
Après la mère, le père, Sébastien Rose s’interroge sur la transmission de la culture.