Le dimanche 31 août 2008
Le banquet: entre les murs
Le Soleil
Une université en crise, confrontée à une grève étudiante. Un recteur qui cherche à mettre le couvercle sur la marmite. Deux jeunes leaders d’association aux objectifs opposés. Un professeur désabusé, aux prises avec un étudiant harceleur à l’équilibre psychologique instable. Décidément, rien ne va plus à l’université, version Le banquet.
En cette période de rentrée scolaire, le troisième long métrage de Sébastien Rose utilise une fiction pas si éloignée de la réalité pour soulever des questions pertinentes sur le rôle et l’avenir de nos universités. Comment nos institutions de haut savoir sont-elles devenues des endroits où la logique économique a trop souvent préséance sur l’aventure intellectuelle et humaniste? Qu’en est-il des professeurs réfugiés dans le confort et l’indifférence, de ces étudiants admis malgré leur piètre connaissance du français?
L’auteur de Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause et de La vie avec mon père lance un pavé dans la mare avec ce qui constitue son film le plus abouti, voire le plus dérangeant. Si le scénario de Rose (coécrit avec son père, Hubert-Yves) n’est pas exempt de défauts (on pense à un certain académisme), il n’en demeure pas moins porteur de réflexions sur les malaises de nos universités.
Intensité dramatique
Le banquet s’intéresse aux destins croisés d’une galerie de personnages, tous reliés (même celui de la mère junkie jouée par Catherine de Léan) par ce qui se passe dans cette université au bord de l’éclatement. La crise n’est pas seulement dans les classes et les bureaux des dirigeants, mais aussi dans les esprits.
Les personnages ne sont pas tous d’égale intensité dramatique. Au premier rang, on retiendra la symbiose entre le professeur (Alexis Martin) et l’élève dérangé (Benoît McGinnis). C’est à travers leur affrontement que la tension dramatique du film atteint son apogée, dans une finale où l’œil averti aura tôt fait de découvrir les dessous dès les premières images.
Cinéaste préoccupé par les thèmes de la filiation et du lien entre les générations, Sébastien Rose se pose également en défenseur de son art. Le banquet se veut un manifeste pour rappeler aux générations montantes que le cinéma québécois d’hier a encore des résonances aujourd’hui. Professeur de cinéma, le personnage d’Alexis Martin fait découvrir à ses étudiants les Perrault, Groulx et Jutra. Pour se souvenir. Pour ne pas oublier. Pour la suite du monde.
La dernière phrase du film, prononcée par un jeune professeur, reprend un dialogue de Mon oncle Antoine. «Réveille-toi mononcle, réveille-toi…» Remplacez ce «mononcle» par «le Québec» et vous avez le message que Rose veut transmettre avec Le banquet.