Le Soleil
Toronto
Les meilleures intentions ne font pas toujours les meilleurs films. La fresque Passchendaele, film d'ouverture du 33e Festival de Toronto, en est la preuve éloquente. Le réalisateur et acteur Paul Gross, soucieux d'un travail de mémoire à l'égard des soldats canadiens de la Première Guerre mondiale, perd son sujet de vue, dans une production sirupeuse où les bons sentiments fleurissent comme les coquelicots sur les champs de batailles.
Film le plus ambitieux du cinéma canadien - budget de 21 millions $, des grenailles en comparaison des films de guerre américains - Passchendaele tire son nom de la célèbre bataille du 26 octobre 1917, en Belgique, alors que 5000 soldats ont perdu la vie face aux Allemands. L'affrontement avait permis au Canada d'acquérir ses lettres de noblesse au tableau des pays capables de faire face à la fureur de la guerre.
Paul Gross, dont le grand-père a combattu à l'époque, se donne le rôle principal, celui du sergent Michael Dunne revenu blessé des tranchées. Or, son amour pour une jeune infirmière de Calgary (Caroline Dhavernas) le poussera à retourner au combat, cette fois pour protéger son jeune beau-frère idéaliste parti au combat.
Passchendaele est la rencontre d'un sous-Saving Private Ryan avec Il pleut des roses sur Manhattan. La mise en scène de Gross est empesée, souvent maladroite dans sa façon de se faire rencontrer la petite et la grande histoire. Suffit que le début de l'ombre d'un dixième d'un bon sentiment se pointe le bout du nez pour que les violons cherchent à vous arracher les larmes, depuis les paysages grandioses de l'Alberta jusqu'aux tranchées boueuses de la Belgique. La scène d'amour charnel entre le héros inoxydable et sa belle, à deux pas d'un champ de bataille en feu, tient du roman Harlequin sur grand écran. Agaçant, voire franchement risible.
Conditions difficiles
Pour la comédienne québécoise Caroline Dhavernas, qui mène depuis quelques années une carrière prolifique aux États-Unis, le tournage de Passchendaele demeure une expérience mémorable. «C'est autant un film d'amour qu'un film de guerre», a-t-elle déclaré hier, en entrevue au Soleil, à quelques heures de la première de la projection gala. «Mon personnage tombe en amour avec un soldat dont la vie est brisée par la guerre, un amour qui se déroule dans des conditions extrêmement difficiles.»
La jeune actrice, qu'on pourra voir l'an prochain dans Père et flic, avec Michel Côté et Louis-José Houde, s'est minutieusement préparée à son rôle. «Je ne connaissais pas grand-chose de cette tranche de notre histoire. Paul (Gross) m'a donné des livres à lire. C'est ainsi que j'ai appris que les infirmières de l'époque ne devaient être trop proches des soldats qu'elles soignaient. Elles devaient refuser les invitations à aller danser ou sortir dans les bars.»
Passchendaele prendra l'affiche en salle le 17 octobre.