La Presse
On ne sait si cela relève d’une pure coïncidence, mais force est de constater que Woody Allen semble retrouver l’inspiration dès qu’il pose sa caméra dans un nouvel endroit.
Après avoir offert l’un de ses meilleurs drames en arrivant à Londres (Match Point), voilà que la ville de Barcelone sert de cadre à l’une de ses plus séduisantes comédies. Avec Vicky Cristina Barcelona, le vétéran auteur-cinéaste, dont les deux précédents films, Scoop et Cassandra’s Dream (toujours inédit au Québec) ont plutôt déçu, retrouve ici sa très belle forme.
Allen ne perd pas de temps pour plonger au cœur de son sujet. À peine arrivées dans la capitale catalane pour y passer leurs vacances d’été, le temps notamment de rendre visite à une amie (Patricia Clarkson), deux touristes américaines, Vicky (Rebecca Hall) et Cristina (Scarlett Johansson), font très vite la rencontre de Juan Antonio (Javier Bardem). Cet artiste peintre les drague sans détour en leur offrant de mettre à leur disposition un petit avion privé qui les conduiraient vers son village. Là, elles pourraient passer le week-end en sa compagnie avec, au centre des activités promises, des rapports sexuels passionnés. Avec l’une et avec l’autre. Il s’agit du moyen qu’a trouvé Juan Antonio pour se «guérir» de l’amour qu’il porte toujours à son ancienne femme, l’impétueuse Maria Elena (Penélope Cruz). Et ce, en dépit du fait que cette dernière l’a déjà poignardé…
Allen orchestre un tourbillon sentimental en misant d’abord sur les différences «d’approche» entre les deux amies. Déjà fiancée à un type qui ne peut lui offrir autre chose que la perspective d’un mariage sans éclat, Vicky préfère renoncer à l’aventure. En revanche, Cristina s’y laisse tenter. Les tergiversations s’étirent. Il faudra d’ailleurs attendre un petit moment avant que le récit reprenne son élan après cette période de flottement. Dès que Maria Elena entre dans le décor, l’histoire prend une tournure explosive.
Interprétée avec fougue par Penélope Cruz, qui trouve ici son meilleur rôle dans un film américain, Maria Elena est une caractérielle. S’étant toujours sentie flouée, tant dans ses amours que dans sa carrière d’artiste peintre, cette femme blessée a un aspect tragique auquel l’actrice donne toute la dimension. Ce qui ne l’empêche aucunement d’être aussi très drôle. Allen réussit parfaitement son dosage à cet égard.
L’un des gags récurrents du film consiste d’ailleurs en une insistance de tous les instants de la part de Juan Antonio pour que Maria Elena et lui se parlent en anglais dès qu’ils sont en présence de Cristina, qui ne comprend pas un traître mot d’espagnol. Or, le naturel prend évidemment vite le dessus. Les dialogues en espagnol – souvent improvisés – sont pour le moins savoureux.
Les deux vedettes espagnoles enlèvent ici le morceau. Bardem est parfait en se glissant dans l’archétype du latin lover ultra machiste, dont les fragilités deviennent vite apparentes, et Penélope Cruz vaut à elle seule le déplacement. Dans son cas, des rumeurs circulent depuis la présentation du film au Festival de Cannes à propos d’une possible nomination aux Oscars. On souhaite que cela se confirme.
L’atmosphère dans laquelle baigne tout le film est empreinte de sensualité; la ville ressemble à une carte postale (normal, on y emprunte le regard des touristes) ; et la situation, plus inusitée sur le plan intime (Cristina, Marie Elena et Juan Antonio vivent sous le même toit), permet à Woody Allen d’y aller de l’un de ces imbroglios romantiques dont il a le secret. Le climat musical est aussi très séduisant.
Vicky Cristina Barcelona se laisse ainsi savourer comme un amour de vacances. Ou peut-être même, comme une belle aventure…
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***1/2
VICKY CRISTINA BARCELONA
Comédie sentimentale réalisée par Woody Allen. Avec Scarlett Johansson, Penélope Cruz, Javier Bardem, Rebecca Hall. 1h37.
En vacances à Barcelone, deux touristes américaines se font aborder par un grand séducteur…
La meilleure comédie de Woody Allen depuis longtemps.