La Presse
Philippe Falardeau n’est manifestement pas un homme nostalgique. L’histoire de C’est pas moi, je le jure ! a beau être campée à la fin des années 60, aucun épanchement de cette nature ne vient marquer cette vision d’enfance, bouleversée par le départ d’une mère.
Adapté des romans de Bruno Hébert C’est pas moi, je le jure ! et Alice court avec René, le nouveau film de Falardeau, qui signe seul le scénario de cette adaptation, relate le parcours de Léon (Antoine L’Écuyer), un gamin angoissé de 10 ans. Ce petit garçon est une véritable bombe à retardement. Alors que l’été commence – et avec lui les beaux jours de vacances et le temps pour soi –, Léon est sauvé in extremis par sa mère au moment il passe à deux doigts de se pendre accidentellement. Des épisodes aussi inquiétants ont aussi eu lieu au cours des étés précédents, soit dans la piscine, soit dans le congélateur. Autrement dit, le petit Léon est doté d’une imagination fertile qui, parfois, le fait agir de manière un peu plus imprévisible que les autres. Avec, toujours, cette attirance un brin morbide vers des actes à teneur suicidaire.
En cet été 1968, le destin s’apprête pourtant à basculer. Les parents (Suzanne Clément, Daniel Brière) s’engueulent en effet peut-être un peu plus fort que d’habitude. Quand la mère décide de partir seule en Grèce pour y refaire sa vie, une douleur nouvelle doit alors être sublimée. Et c’est là où Falardeau imprime sa marque de créateur. D’un sujet en apparence très dramatique, voire tragique, l’auteur cinéaste tire un film à la fois tendre, espiègle, et touchant. Parce que maintenu à hauteur d’enfant. Après La moitié gauche du frigo et Congorama, où la rationalité du propos prenait parfois le pas sur l’émotion, Falardeau s’abandonne ici à une démarche plus incarnée, sans toutefois perdre la mesure de ses effets. On sent ici cette volonté très nette de ne jamais verser dans l’enflure, tant dans cette façon de ne rien céder au mélo, que dans la manière avec laquelle l’époque est reconstituée. En fait, tout est ici plus suggéré qu’imposé.
Le récit est par ailleurs soutenu par les très belles chansons originales de Patrick Watson, lesquelles font écho au monde intérieur du protagoniste. Le petit Antoine L’Écuyer, sur qui repose pratiquement la crédibilité du film, module de son côté – et plutôt magnifiquement – une partition complexe de laquelle il tire toujours les justes notes. Suzanne Clément se glisse dans la peau d’une mère atypique avec son talent habituel, et Daniel Brière rend bien toute la colère contenue d’un père visiblement dépassé par les événements. Le trio est bien appuyé par de beaux personnages périphériques, dont certains se révèlent criants de drôlerie et de vérité.
Ainsi, C’est pas moi, je le jure ! se positionne de manière différente par rapport à Maman est chez le coiffeur, le film que Léa Pool a tiré de la même histoire familiale, à partir d’un scénario écrit par Isabelle Hébert, la soeur de Bruno. Le souvenir de l’un influe forcément la perception de l’autre au départ, mais ces deux visions se distinguent quand même assez vite, tant dans l’esprit que dans la facture. L’apanage de bons cinéastes en somme.
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***1/2
C’EST PAS MOI, JE LE JURE !
Comédie dramatique réalisée par Philippe Falardeau. Avec Antoine L’Écuyer, Suzanne Clément, Daniel Brière, Catherine Faucher. 1h50.
En 1968, un petit garçon âgé de 10 ans à l’imagination fertile doit sublimer la douleur ressentie après le départ de sa mère, partie refaire sa vie en Grèce.
Un film touchant qui évite tout épanchement nostalgique.