Le Soleil
Myriam Verreault et Henry Bernadet ne s'attendaient «à rien» lorsqu'ils ont commencé le tournage de leur premier long-métrage, À l'ouest de Pluton, en 2005. Mais les deux jeunes cinéastes de Québec croyaient dur comme fer à leur projet, au point d'investir 15 000 $ de leurs poches avant même de faire une demande de subvention.
Trois ans plus tard, le duo se pince pour croire à la suite des choses. Présenté en première au Festival du nouveau cinéma (FNC), à Montréal, À l'ouest de Pluton a été accueilli avec enthousiasme. Cerise sur le sundae, leur «ovni» cinématographique prend l'affiche cette fin de semaine sur une dizaine d'écrans de la province.
Pas mal pour un film tourné avec deux fois rien, et une distribution composée de jeunes de 15 et 16 ans, tous recrutés dans une école secondaire...
En entrevue au Soleil, dans un café de la rue Saint-Jean, les deux anciens gagnants du concours Vidéaste recherché-e savourent leur petit moment de gloire, encore sur leur nuage du FNC, mais légèrement anxieux de voir la réaction du public de leur patelin.
«On s'est investi à temps plein, pendant des mois, on a refusé tout contrat. On s'est vraiment donné corps et âme», soulignent les deux cinéastes, chefs de vaisseau de la boîte de production Vostok Films, installée dans le quartier Saint-Roch.
Le temps des premières
Verreault et Bernadet, respectivement âgés de 28 et de 32 ans, ont cherché à saisir une journée marquante dans la vie d'un groupe de jeunes de la banlieue, empêtrés dans le maelström émotif propre à leur âge.
«L'adolescence, c'est un thème universel, peu importe la culture, expliquent-ils. Tout le monde a été ado, tout le monde va l'être. C'est le temps des premières : premier amour, première brosse, première fois que tu te pognes avec tes parents. C'est une période courte, ingrate, dure à vivre, mais intense, une période où tu te sens à la fois invincible et vulnérable.»
La banlieue d'À l'ouest de Pluton, c'est le Loretteville (post-fusion municipale) de leur adolescence. «En banlieue, il y a moins de choses à faire pour un ado, souligne Henry Bernadet. T'es pris là, c'est une sorte de prison. Après 10h, c'est mort, les jeunes s'approprient les parcs.»
Le titre dresse une analogie entre la rétrogradation à objet céleste sans importance de Pluton, en 2006, et le monde tumultueux des adolescents. «Au début du tournage, on commençait à contester le statut de planète de Pluton, qui a finalement été rebaptisée numéro 134340. C'est un peu comme l'identité des adolescents, c'est flou», souligne Henry Bernadet, un diplômé de Concordia en études cinématographiques.
Authenticité du langage
Le film se veut aussi une métaphore sur la perte des illusions propre à cette période de l'existence. «On a appris à la petite école qu'il y avait neuf planètes dans le système solaire. C'était comme ça, ça ne devait pas bouger. Tout à coup, on perd une planète. Il y a une désillusion, un peu comme à l'adolescence, alors que tu t'aperçois qu'il n'y a plus de certitudes, que la vie est complexe. Notre film est aussi une façon de faire un lien entre l'infiniment banal et l'infiniment grand», ajoute Myriam Verreault, une ex-étudiante de l'Université Laval en histoire et en études cinématographiques.
Authenticité est le maître mot qui a guidé les deux réalisateurs pendant le tournage. Aussi ont-ils travaillé pendant six mois, une fois par semaine, avec une douzaine de jeunes recrutés à l'école secondaire Mont-Saint-Sacrement, à Valcartier. La même école, en fait, qu'ils avaient fréquentée plus jeunes.
«Le langage devait être le plus authentique possible, explique Henry Bernadet. On leur a donné des dialogues, mais en leur disant de les rendre dans leurs propres mots. Ils avaient la liberté de s'approprier le texte.»
Et qu'importe si le spectateur devait en perdre parfois des bouts, au gré de ce langage coloré, où le mot «Man!» est utilisé à toutes les sauces. «C'est un peu la beauté de la chose, termine Myriam Verreault. Ils se comprennent très bien entre eux. C'est un langage qui existe et qui mérite d'exister. Et puis, ce n'est pas différent des films en argot qui se passent dans les banlieues parisiennes. C'est parfois beau d'entendre un langage qu'on ne comprend pas toujours bien.»
Full cool, man!
Règle générale, les productions pour ados sont bêtes, simplistes et d'un humour plus que douteux. Dans les circonstances, saluons l'arrivée sur nos écrans d'une production au ton plus vrai que vrai, qui parle aux jeunes (et à tous les publics) sans les prendre pour des tarés. De surcroît, un film fait à Québec par deux jeunes réalisateurs d'ici. Full cool, man!
Avec une approche quasi-documentaire, au parfum de Paranoid Park, de Gus Van Sant, À l'ouest de Pluton, de Henry Bernadet et Myriam Verreault, capte une journée fertile en événements dans la vie d'un groupe d'ados de la banlieue.
Conséquences fâcheuses
Ils ont 14, 15, 16 ans. Ils envoient promener leurs parents, vont chercher de la mari chez un pusher, jouent de la guitare ou font du skate, discutent de l'indépendance du Québec sur le banc, pendant un cours d'éducation physique, et passent aussi beaucoup de temps à fantasmer sur l'autre sexe, en route pour un party bien arrosé aux conséquences fâcheuses.
Leurs exposés oraux, devant la classe, témoignent de leurs multiples préoccupations : la pêche, Ben Affleck, le beurre de peanut et... la planète Pluton, qui vient d'être éjectée de la confrérie du système solaire, au grand dam d'un élève.
Entre réalisme et onirisme, les deux réalisateurs suivent le chassé-croisé de ces personnages attachants dans leur quête échevelée d'amour, d'amitié et, surtout, de leur propre identité, quelque part sur leur lointaine planète de banlieue...
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À l'ouest de Pluton
Drame d’Henry Bernadet et Myriam Verreault
Avec: Alexis Drolet, David Bouchard, Anne-Sophie Tremblay Lamontagne, Yoann Linteau, Sandra Jacques, Micaël Minguy-Bédard, Yann Bernard, Marc-Alexandre Paradis et Denis Marchand
On aime : le mélange fiction-documentaire, l'authenticité des dialogues et des personnages, les images de la NASA
On n'aime pas : le rôle un peu flou des adultes