Le dimanche 7 décembre 2008
Séraphine: peindre à la folie ***1/2
Le Soleil
Séraphine Louis. Le nom ne dit peut-être pas grand-chose au profane du monde de la peinture, mais cette artiste de talent, méconnue de son vivant, a laissé une trace indélébile dans l'histoire de l'art naïf. Le drame biographique Séraphine, réalisé par Martin Provost, relate le destin pathétique de cette femme pieuse, à l'équilibre psychologique précaire, qui obéissait à des ordres venus d'un ange gardien...
Quinquagénaire solitaire et sans le sou, Séraphine (excellente Yolande Moreau) gagnait sa vie comme domestique chez une famille bourgeoise, lorsqu'un riche marchand d'art allemand, Wilhem Uhde (Ulrich Tukur), tomba par hasard sur l'une de ses toiles, lors d'un séjour à Serlis, dans l'Oise, en 1914.
Pour l'acheteur des premiers tableaux de Picasso, ce fut le coup de foudre artistique et le début d'un combat ardu pour faire connaître le talent de sa protégée dans les galeries parisiennes. À ses yeux, cette inconnue était ni plus moins ni moins qu'une visionnaire de la peinture, au même titre que Van Gogh.
Séraphine Louis n'avait toutefois aucune conscience (ou si peu) de son immense talent. Elle peignait toute la nuit, à la lueur des chandelles, des oeuvres gorgées de lumière, le plus souvent des végétaux colorés qui reflétaient son état d'esprit extatique à l'égard de la nature, où elle trouvait apaisement et sérénité.
Malgré l'acharnement et toute la bonne volonté de Wilhem Uhde, la gloire ne sera pas longtemps au rendez-vous pour Séraphine. Ses rêves se brisèrent sur la Première Guerre mondiale et le krach de 1929. Son mécène baissa les bras, non sans regret et amertume. Séraphine Louis est morte en 1942, après 10 ans passés à l'institut psychiatrique de Clermont. Elle fut enterrée dans une fosse commune.
Provost emprunte une approche contemplative, quasi mystique, pour filmer sa Séraphine. Il l'approche sur la pointe des pieds, en symbiose avec l'image d'animal farouche que projette le personnage. Son film est à classer parmi les oeuvres qui ont réussi à marier avec bonheur cinéma et peinture. La mise en scène est sobre et épurée, rythmée par des scènes brèves qui dévoilent au compte-gouttes l'étrange personnalité de cette autodidacte qui entretenait une relation relevant du sacré avec son art.
La comédienne de théâtre Yolande Moreau, peu connue du public d'ici (malgré le César de la meilleure actrice remporté pour Quand la mer monte... en 2004) campe avec brio le rôle-titre. Avec son regard qui passe de l'absence à l'extase, elle a su saisir les multiples nuances intérieures de cette femme évanescente, égarée dans un monde qu'elle aimait davantage qu'elle en était aimée.
***1/2
Séraphine
Drame biographique de Martin Provost
Avec Yolande Moreau, Ulrich Tukur, Anne Bennent et Geneviève Mnich
On aime : la mise en scène sobre et efficace, le jeu de Yolande Moreau, découvrir la vie hors du commun de cette artiste méconnue
On n'aime pas : le personnage un peu trop effacé de Wilhem Uhde