La Presse
De Séraphine, ses contemporains disaient qu’elle était l’originale du village, les médecins qu’elle était psychotique. Pour le milieu artistique avant-gardiste, Séraphine de Senlis était un peintre de grand talent. L’histoire a pratiquement oublié cette femme, enterrée dans une fosse commune, et auteure de toiles majeures de l’art naïf.
En France, au tournant du XXe siècle, Séraphine Louis (Yolande Moreau) avait le triste et dur destin de bien des femmes: orpheline dès l’enfance, rompue aux travaux dans les fermes ou pour des familles bourgeoises, habituée aux petits travaux pour survivre.
Séraphine a pourtant quelque chose d’exceptionnel: sans technique ni éducation artistique, elle entame un jour une vie de peintre, poussée, dit-elle, par l’inspiration divine. Sur ses toiles, souvent de grand format, figureront souvent des fleurs ou des fruits.
Femme de ménage, elle est bientôt découverte par un collectionneur d’art allemand, Wilhem Uhde (Ulrich Tukur). Marginalisé en raison de ses origines germaniques et de son homosexualité, Uhde s’attache très vite à cette femme isolée, rustre, et extrêmement douée.
La Première Guerre mondiale fait toutefois rapidement retomber Séraphine dans l’oubli. Au début des années 20, Wilhem Uhde revient à Senlis et y retrouve l’artiste. Séraphine ne devient toutefois pas le Douanier Rousseau de son vivant. Sombrant dans la folie, elle est internée, arrête de peindre et meurt, affamée, pendant l’occupation allemande.
Difficile de ne pas penser à une autre artiste, contemporaine de Séraphine : Camille Claudel. Toutes deux issues de milieux sociaux très différents, elles ont pourtant en commun le don, la passion de l’art et la folie dans lesquelles elles sont enfermées.
Le film de Martin Provost ne ressemble toutefois pas à celui de Bruno Nuytten. Le portrait de la peintre n’y est toutefois pas dénué de sensibilité ou de sincérité. Dans la peau de Séraphine, Yolande Moreau (réalisatrice de Quand la mer monte) offre une interprétation juste, sans condescendance ni caricature.
Dans la catégorie des films biographiques, Séraphine est sans conteste à classer dans le haut de la liste: quand plusieurs s’abîment dans l’imitation, le récit linéaire ou la glorification de leur sujet, le premier long métrage de Martin Provost fait un portrait digne et touchant d’une femme hors du commun, dont il ne prétend pas, non plus, percer les mystères.
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SÉRAPHINE
Drame biographique de Martin Provost. Avec Yolande Moreau, Ulrich Tukur, Anne Bennent. 2h05.
Une femme de ménage devient peintre, sous l’inspiration divine: voilà le destin extraordinaire de la peintre française Séraphine de Senlis.
Peintre tombée dans l’oubli, Séraphine de Senlis revit dans un film tout en finesse.