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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Ici le cinéaste éclectique Danny Boyle fait ce qu’il sait faire de mieux, c’est-à-dire du Danny Boyle: plans recherchés comme pour dire «regardez, j’ai l’oeil», montage intempestif comme pour dire «je suis encore jeune», musique rock ou techno aux sonorités très vaguement rétro comme pour rajouter «je suis vraiment cool». Du Danny Boyle tel quel. Tellement qu’on croirait parfois à un pastiche ou à un hommage: Danny Boyle s’aime beaucoup, et on ne le haït pas non plus, même si, à force de vouloir impressionner, il fait un peu chier.
Sorte de pendant exotique à son Millions, «film familial» et autre fable sur l’obsession et la quête de la fortune vite faite (thème récurrent chez Boyle, de Shallow Grave à Trainspotting), ce Slumdog Millionaire raconte les mésaventures d’un jeune Indien orphelin, perdu avec son frère dans les quartiers pauvres de Bombay.
Exploité par de vils marchands d’enfants, le petit Jamil, devenu ado, s’inscrira et participera au quiz télévisé Who Wants To Be A Millionaire?, version indienne: même concept, mêmes décors, en plus cheap, même public hystérique.
Jamil, après avoir correctement répondu à toutes les questions du quiz, remportera un lot important, si bien que le concepteur et animateur de l’émission, un mégalomane fini, fera appel aux autorités, convaincu que l’ado a triché. Interrogé à la dure par deux flics dans les commissariats de Bombay, Jamil devra les convaincre de son innocence, racontant du coup l’histoire de sa vie.
Coréalisé en Inde par Loveleen Tandan, monté dans le désordre et raconté par longs flashbacks, Slumdog Millionaire est d’abord et avant tout, comme la plupart des films de Boyle, une expérience sensorielle. L’image et la musique priment sur le texte, adaptation ici d’un roman (Q&A de Vikas Swarup). Expérience sensorielle à tous les niveaux: Ce film sent Bombay, pour le meilleur et pour le pire. Et il faut accorder à Boyle le mérite d’avoir su filmer la ville et ses grouillants habitants avec grand talent. C’est comme si on y était!
On reprochera à l’auteur ses inutiles démonstrations de savoir-faire stylistique et ses ratés scénaristiques ; le film est un peu n’importe quoi, on passe de la tragédie à la comédie, puis à la romance de façon maladroite, et on nous sert en guise de générique une sorte de vidéoclip, clin d’oeil au cinéma de Bollywood (cinéma populaire indien), final festif et kitsch absolument charmant mais totalement inapproprié.
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***1/2
SLUMDOG MILLIONAIRE
Drame de Danny Boyle. Avec Dev Patel, Freida Pinto, Madhur Mittal. 2h.
L’invraisemblable histoire d’un jeune Indien de Bombay, interrogé par la police après avoir remporté une importante somme dans un jeu télévisé.
Du Danny Boyle, par Danny Boyle.