La Presse
À quelques exceptions près, les grands romans sont mal servis par le cinéma. Mais parmi ces exceptions se trouve The Hours de Michael Cunningham, qui a été scénarisé par le dramaturge David Hare et porté à l’écran par le réalisateur Stephen Daldry.
Le tandem s’est reformé pour l’adaptation cinématographique de The Reader de Bernhard Schlink. Et une autre exception arrive ainsi sur nos écrans: Daldry et Hare sont de nouveau parvenus à raconter la même histoire que celle qui se trouve dans les pages d’un livre, mais en utilisant une autre voie, une autre voix. À l’arrivée, deux œuvres fortes et mémorables, aussi indépendantes qu’intrinsèquement liées.
Roman qui revêt une importance immense en Allemagne, The Reader se penche sur la culpabilité ressentie par la génération née en Allemagne après la Deuxième Guerre mondiale. Comment (sur) vivre en découvrant la nature des gestes commis, des années plus tôt, par les êtres proches, aimés?
L’histoire en partie autobiographique que dit le roman, et le film, est celle de Michael Berg (David Kross, puis Ralph Fiennes). Il a 15 ans quand il rencontre Hanna Schmitz (Kate Winslet), qui en a deux fois plus. Une liaison s’ensuit. Charnelle. Passionnée. Brève. Mais fondatrice pour lui, puisqu’elle est sa première. Après leurs ébats, toujours, il lit. Il lui lit. L’Odyssée. Les Aventures de Huckleberry Finn. Ou encore L’amant de Lady Chatterley.
Jusqu’au jour où Hanna disparaît. Sans un mot. Ni une lettre. Quand il la revoit, huit ans plus tard, il est étudiant en droit et assiste au procès d’une poignée de femmes accusées d’avoir un passé nazi et d’être responsables d’un massacre. Parmi elle, Hanna. Hanna qu’il a connue drôle et douce, mais aussi froide et fermée. Humaine, quoi. Hanna qui portait ce secret. Qui en porte un autre encore. Hanna dont il va suivre la vie. De loin.
Ce film (comme le roman) n’est pas une oeuvre sur la Deuxième Guerre mondiale parmi d’autres. Et, à son thème principal, déjà délicat à rendre, s’ajoutant l’histoire d’amour entre une adulte et un mineur, il fallait des créateurs inspirés pour mettre en images les mots du livre.
Stephen Daldry a su, pour cela, s’entourer. La direction photo de Chris Menges et Roger Deakins, la musique composée par Nico Muhly, tout contribue à nous enrober dans ce film lent et sensuel, trouble et troublant. Quant à Kate Winslet, elle mérite une sélection aux Oscars pour sa performance: avec quelle sobriété elle se met à nue, et pas seulement physiquement. Le jeune David Kross est, lui, une révélation; alors que Ralph Fiennes, qui prend la relève lorsque le personnage devient adulte, sait parfaitement jouer la faille de cet homme marqué. Finalement, Lena Olin fait pour sa part deux apparitions d’une force rare dans la peau d’une survivante des camps. On est là à des lustres de tout cliché. Comme partout ailleurs dans ce récit.
The Reader (Le liseur en version française) prend l’affiche mercredi.
..........................................................................................................................................
****
THE READER (V.F.: Le liseur)
Drame de Stephen Daldry. Avec Kate Winslet, David Kross, Ralph Fiennes, Bruno Ganz. 2h04.
Cela commence en 1958, par une liaison entre une femme et un adolescent. Cela se poursuit huit ans plus tard, durant le procès d’une dizaine de nazis. Il prend place parmi les observateurs. Elle est assise au banc des accusés.
Stephen Daldry et David Hare prouvent que leur extraordinaire adaptation de The Hours n’était pas un accident de parcours: ils font aussi fort avec The Reader de Bernhard Schlink.