La Presse
La technologie devrait toujours, au cinéma, être au service de l’histoire, de l’humain, du talent. Ce n’est pas toujours le cas. Certains diront que ça l’est même rarement. En ce sens, The Curious Case of Benjamin Button fait figure d’exception.
Dans ce film où David Fincher fait de nouveau équipe avec Brad Pitt (après Fight Club et Seven, qui sont d’une tout autre eau que ce drame-ci), les effets spéciaux sont en effet à ce point réussis qu’on les oublie pour se concentrer… sur l’histoire et sur l’humain, justement. Et sur le talent, que l’on savait grand et que l’on découvre ici très grand, de ceux qui portent à l’écran la nouvelle somme toute mineure que F. Scott Fitzgerald a écrite en 1921.
Dans cette adaptation libre du texte original, Benjamin Button naît le jour où se termine la Première Guerre mondiale. Sa mère meurt en le mettant au monde. Son père, horrifié par l’apparence de son fils, l’abandonne sur les marches d’une maison de retraite tenue par Queenie (Taraji P. Hanson). C’est l’endroit idéal pour cet «enfant» dont le corps montre les signes de la vieillesse mais dont l’esprit est, vraiment, celui d’un nouveau-né.
Au fil des ans, Benjamin va vieillir dans sa tête et rajeunir dans son corps. Mener une vie à contresens. Rencontrer, alors qu’il est physiquement septuagénaire mais n’a mentalement que 12 ans, celle qui sera l’amour de sa vie, Daisy – que Cate Blanchett, aussi sublime qu’on l’imagine, incarne dès que le personnage atteint la vingtaine et ce, jusqu’à l’aube d’une très longue vie qui se termine sur un lit d’hôpital, à La Nouvelle-Orléans secouée par l’ouragan Katrina. Près d’elle, sa fille (Julia Ormond), qui lui lit le journal de Benjamin.
Cette histoire d’amour, poignante par tout ce qu’elle a d’impossible – la «fenêtre» de vie pendant laquelle Daisy et Benjamin sont «compatibles» étant si petite – est au cœur du scénario que signe Eric Roth. Qui utilise ici une structure rappelant celle qui a fait le succès de Forrest Gump. Puisqu’à travers une narration faite par le personnage principal, on traverse l’Histoire, la grande, en suivant une histoire à échelle humaine. Le tout, s’appuyant sur des technologies innovatrices qui, jamais, ne prennent le pas sur le récit.
Quand on sort des presque trois heures que dure – sans les paraître – The Curious Case of Benjamin Button, la musique d’Alexandre Desplat et la magnificence des images en tête, c’est pour parler de cet homme que Brad Pitt nous a permis de connaître et d’aimer – tant son Benjamin, qui n’a rien d’exceptionnel sinon le sens de sa ligne de vie, est touchant, aimable et crédible. Les questions sur «comment ont-ils fait?» viennent plus tard. Si elles ont à venir.
The Curious Case of Benjamin Button (L’étrange histoire de Benjamin Button en version française) prend l’affiche mercredi.
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THE CURIOUS CASE OF BENJAMIN BUTTON
Drame fantastique de David Fincher. Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Taraji P. Hanson, Julia Ormond. 2h47.
Quelque 80 ans d’Histoire et d’histoire à travers les yeux d’un homme qui est né dans le corps d’un vieillard et qui mourra dans celui d’un nouveau-né.
Dans ce film où Brad Pitt interprète le personnage titre à tous les âges, les effets spéciaux sont si réussis… qu’on les oublie, pour ne plus être habité que par le destin de cet homme (presque) ordinaire.