Le samedi 27 décembre 2008
L'étrange histoire de Benjamin Button: avec le temps
L'étrange histoire de Benjamin Button
Le Soleil
L'adaptation de la nouvelle de 1921 de F. Scott Fitzgerald, The Curious Case of Benjamin Button, est un projet qui se promène d'une main à l'autre depuis longtemps à Hollywood. Grâce aux plus récents progrès de l'imagerie numérique, c'est au réalisateur de Seven et de Fight Club, David Fincher, qu'est revenue la tâche colossale de porter à l'écran l'un des films les plus attendus de l'année.
Le résultat laisse mi-figue mi-raisin. Le faste de la mise en scène, la photographie et les décors séduisent d'un bout à l'autre, mais L'étrange histoire de Benjamin Button (dans sa version française) rappelle trop Forrest Gump. La coïncidence n'est pas fortuite : les deux films portent la signature du même scénariste, Eric Roth.
Le personnage marginal confronté à un étrange destin, la narration du héros en voix hors champ, le déroulement de l'histoire sur plusieurs années, les décors du Sud des États-Unis, les similitudes avec le film de Robert Zemeckis sont trop évidentes pour ne pas agacer. Jusqu'à la mère de Benjamin qui fait une Sally Field d'elle-même en répétant «qu'on ne sait jamais ce que la vie nous réserve...» La trame sonore des succès d'époque se limite toutefois à une chanson des Platters et des Beatles.
Alors que Tom Hanks était un simple d'esprit cherchant sa place dans le monde, Brad Pitt incarne lui aussi un marginal, à la différence que sa vie se déroule à l'envers. Abandonné à sa naissance par son père, en 1918, sur les marches d'une maison de retraite, le jeune Benjamin sera pris en charge par une aimante mère adoptive (Taraji P. Henson).
Par le plus étrange des phénomènes, le nouveau-né a le corps d'un vieillard de 80 ans. Et à l'encontre de toute logique biologique, il se mettra à rajeunir. Son corps retrouvera graduellement ses capacités, ses jambes deviendront plus souples, ses cheveux se mettront à pousser.
En 1936, à l'âge de 17 ans, Benjamin mettra le cap sur le vaste monde, se retrouvant matelot à bord d'un remorqueur. Ses multiples escales l'amèneront à découvrir l'amour dans les bras d'une mystérieuse aristocrate (Tilda Swinton).
Mais comme Forrest Gump qui n'a jamais pu oublier son insaisissable Jenny, Benjamin Button en a seulement pour sa Daisy (Cate Blanchett). Après l'avoir vue une première fois alors qu'elle n'était qu'une fillette, il la retrouvera des années plus tard, en danseuse de ballet accomplie. Il a encore rajeuni, elle a vieilli; alors, pour la seule fois de leur existence, ils partageront la même synchronicité temporelle, avant de voir leur horloge biologique repartir dans des directions opposées.
Cette histoire d'amour hors du commun, Daisy la revivra sur son lit de mort, dans un hôpital, alors que sa fille (Julia Ormond) lui lit des passages du journal de l'amour de sa vie. Ces intermèdes contemporains font le lien entre les multiples sauts dans le temps du récit.
Avec ses décors, sa photographie et ses fabuleux maquillages, L'étrange histoire de Benjamin Button se pose en candidat sérieux pour plusieurs Oscars techniques. Plus le film avance, plus c'est le jeune Brad Pitt de Thelma et Louise qui se présente au spectateur. Incroyable!
À l'inverse, le film n'offre pas l'impact émotionnel attendu. Le scénario de Roth semble suivre une recette et souffre de quelques passages à vide. La rencontre avec le personnage de Tilda Swinton (et aussi celle avec le Pygmée) s'avèrent plutôt vides. Même chose pour le capitaine du remorqueur (Jared Harris), (autre) allusion au lieutenant Dan de Forrest Gump.
Cette longue et mélancolique fable (près de 2h40) sur le destin, le temps qui passe et l'importance de jouir de la vie offre de belles qualités sans pour autant s'élever au rang des films inoubliables de l'année.