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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
La machine à potins s’emballait déjà à l’annonce de cette réunion hyper glamour: Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, ensemble sur le grand écran pour la première fois depuis le Titanic de James Cameron. Comme appât, on saurait difficilement trouver mieux, et le cinéaste Sam Mendes (American Beauty) savait sans doute pertinemment qu’en réunissant ces deux acteurs, son Revolutionary Road allait attirer des masses consommatrices de cinéma qui, autrement, n’iraient pas voir ce genre de drame conjugal profondément troublant (transposition d’un roman de Richard Yates) portés ici par des vedettes au meilleur de leur forme (Winslet est sublime, et DiCaprio a enfin l’air d’un homme).
En cela, et en cela seulement, Revolutionary Road pourra faire penser au Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, lequel mettait en scène un tandem d’acteurs célèbres (Nicole Kidman et Tom Cruise) dans une sorte de guerre conjugale.
Dans Revolutionary Road, on nous ramène aux années 50, alors que se développent les banlieues américaines, le nouvel idéal de vie familiale. April et Frank, un jeune couple plus ou moins excentrique, plein d’espoir et de fantaisie, s’y installe, à ses risques et périls: assez vite la routine s’impose et nos tourtereaux, rêvant pourtant d’un ailleurs meilleur, s’enlisent dans une vie artificiellement heureuse, c’est-à-dire correcte mais plate et sans surprise.
Frank, jeune homme brillant à l’esprit tumultueux, occupe un poste peu gratifiant au sein d’une entreprise. April, épouse au foyer, lui proposera ce marché: partir ensemble à Paris. Elle y trouverait un emploi, il aurait le temps de réfléchir et de trouver enfin sa voie plutôt que de gaspiller son génie à un emploi ennuyeux. Frank acceptera d’abord cette alléchante proposition, mais reviendra vite sur sa décision, choisissant l’existence proprette, ordinaire et moulée d’avance du couple idéal, décision à laquelle se pliera April, non sans regret. L’abandon de ce projet libérateur causera une profonde blessure psychologique et mènera à une rupture tragique.
Mendes a fabriqué ici, à partir d’un scénario et de dialogues fort bien ciselés, quelques puissantes scènes de la vie conjugale; scènes parfois criantes, voir terrifiantes de vérité: tous les vrais couples savent que l’union, même construite sur les poutres d’un amour sincère, comporte son lot de misères.
Revolutionary Road n’est pas tout à fait le constat d’un échec mais l’avis d’une défaite. On reprochera à cet excellent drame sentimental l’omniprésence de la musique de Thomas Newman, laquelle surligne inutilement les scènes poignantes, et un final intense et dramatique parfaitement prévisible.
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REVOLUTIONARY ROAD
Drame de Sam Mendes. Avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Kathy Bates. 119 minutes.
Scènes de la vie conjugale dans les premières banlieues américaines des années 50.
Troublante histoire de couple, aux dialogues criants de vérité et jouée par des acteurs au sommet de leur art.