La Presse
Au milieu des champs, sur le bord d’une autoroute jamais mise en service, vit, repliée sur elle-même, une famille. Fantaisiste à souhait, ce petit monde navigue entre l’au-delà de l’autoroute – le monde extérieur, la vie sociale, que l’on ne voit pas –, la maison, et la route, devenue une aire de jeu.
Cette famille Robinson voit son bonheur menacé par l’ouverture de l’autoroute. Le silence de la campagne est bientôt déchiré par le son des voitures, lancées à 120 km/h sur l’asphalte. Pollution sonore, physique et visuelle pousse la famille à se retrancher entre ses murs.
Agoraphobe, Marthe (Isabelle Huppert, à son meilleur, évidemment) se refuse à quitter la maison ou à affronter la vulgarité, le bruit, la pollution des «envahisseurs»: les voitures.
La vie quotidienne se corse furieusement: plus moyen, pour l’aînée (Adélaïde Leroux), de bronzer tous attributs dehors. Plus moyen, pour Marthe, d’étendre ses sous-vêtements dans le jardin. Plus moyen, pour le chat de la maisonnée, de vivre sans laisse.
Privés de sommeil, abrutis par le bruit, les membres de la famille se replient sur eux-mêmes. Michel (Olivier Gourmet) propose l’exil, puis renonce. Parents et enfants se retranchent dans leur maison, s’enferment littéralement, au risque de manquer d’air.
D’une idée presque documentaire – la vie des familles près des grands axes routiers, bercée par les aléas des klaxons automobiles –, Ursula Meier construit un univers original et métaphorique, et pose une question fondamentale: que doit-on craindre plus, le monde extérieur ou les dysfonctionnements intérieurs de sa famille?
Tourné en Bulgarie, Home est tout entier inspiré par ses paysages dorés par l’été. La direction photo (signée Agnès Godard) est lumineuse, chaude, et enveloppe le film dans des tonalités qui ne sont pas sans rappeler les années 70.
Le propos n’a pourtant rien de léger. Ursula Meier parvient à créer un univers original, presque fantasmagorique. Ne nous y trompons pas: la légèreté n’est qu’apparente et le film se déploie peu à peu vers un monde noir, étouffant.
Le huis clos familial est servi par cinq comédiens, adultes comme enfants, tout aussi convaincants les uns que les autres. Dans la peau du cadet de la fratrie, le jeune Kacey Mottet Klein est tout à fait épatant.
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Drame d’Ursula Meier. Avec Isabelle Huppert, Adélaïde Leroux et Olivier Gourmet. 1h37.
Une famille vit loin du monde au bord d’une autoroute déserte. L’arrivée d’un trafic incessant et omniprésent va perturber irrémédiablement l’équilibre familial.
Dans un univers absurde, drolatique et dramatique, la Suissesse Ursula Meier livre une réflexion parfaitement maîtrisée sur le monde intérieur – la maison, la famille - et la vie extérieure, représentée par l’autoroute.