La Presse
La simplicité a un prix. Pas en dollars mais en temps. Laurent Cantet l’a pris, ce temps, tout le temps qu’il fallait, pour préparer, écrire, tourner et monter Entre les murs. Le résultat vaut bien plus que... le coût. Cette immersion totale dans une classe de français d’un collège multiculturel parisien dit «difficile», est d’un naturel qui rappelle le documentaire, et d’une intelligence et d’une finesse qui masquent totalement «le gars des vues».
En fait, on a l’impression de se faire servir une tranche de vie. D’une vie qui palpite. Qui fait sourire. Qui fait mal, aussi. La vie, quoi.
L’entre les murs d’Entre les murs a d’abord été raconté par François Bégaudeau. Ancien enseignant devenu écrivain, qui se fait ici coscénariste (avec Laurent Cantet et Robin Campillo, qui signent à trois le scénario très librement inspiré du livre) et acteur.
Il incarne François Marin, beau prof dans la trentaine, intéressé par ses élèves et sa matière, volubile et ayant le sens du spectacle, sympa bien qu’un peu affecté, maniant l’humour mais moins ouvert d’esprit qu’il ne le laisse paraître à première vue. Un peu baveux aussi – ce qui n’est pas pour déplaire au spectateur... et à ses élèves. Qui peuvent l’être aussi. Souvent.
Interprétés par des acteurs non professionnels, les élèves, ce sont Esméralda la frondeuse; Souleymane qui brandit sa culture malienne comme un paravent ou un bouclier, au besoin; Wei qui ne se laisse pas arrêter par sa mauvaise maîtrise du français ; et ainsi de suite. Ils ont à peu près 15 ans. Ils viennent des quatre coins du monde – culturellement; parce que la plupart d’entre eux sont natifs de l’Hexagone. Mais ces quatre coins du monde entre les quatre coins d’une salle de classe, ça peut mener à l’explosion. Ou à l’implosion.
C’est ce qui se passe dans Entre les murs. Mais attention: pas à échelle hollywoodienne avec feux d’artifice et sanglots longs des violons. L’échelle, ici, est celle de la vraie vie. Pas de mélodrame. Pas d’épisode à la Dead Poets Society. Mais des incidents qui nourrissent une trame narrative prenante et juste assez chargée pour faire sentir la fiction sous les allures de documentaire.
La cerise sur ce formidable gâteau, c’est le propos. Le regard posé sur le système scolaire. Et la mise en lumière de ces jeunes qui ne défraient la chronique que lorsqu’ils sont à problèmes – puisqu’ils peuvent l’être, et le film ne le cache pas. Mais il met aussi en évidence leur verve, leur intelligence, leur vision des choses. Entre les murs prend ainsi différentes couleurs, plus ou moins sombres, plus ou moins claires, selon celui ou celle que l’on «adopte». Le portrait n’étant que plus nuancé pour qui s’arrête à plusieurs. Au final, l’immersion est totale. Et éclairante. Très.
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Entre les murs
Chronique de Laurent Cantet. Avec François Bégaudeau, Franck Keïta, Esméralda Ouertani. 2h10.
Survol en profondeur (oui!) d’une année entre les murs d’une classe de français, dans un collège multiculturel parisien.
Une fiction aux allures de documentaire, tout en nuances, en vérité et en intelligence. En douceur et en amertume. À l’image de ceux, jeunes et moins jeunes, qu’elle met en scène.