Le Soleil
Qui est ce jeune blanc-bec de 18 ans sur le point de remporter 20 millions de roupies à la version indienne du célèbre jeu télévisé Who Wants to be a Millionaire? Comment un orphelin peu cultivé, sorti des bidonvilles de Mumbai, est-il à une question près de faire sauter la banque et de devenir un héros national? Les policiers aimeraient bien le savoir, le producteur et animateur de l'émission aussi.
La réponse à cette question, le réalisateur anglais Danny Boyle en fait la pierre d'assise de son fabuleux Pouilleux millionnaire (v.f. de Slumdog Millionaire). Depuis sa première au Festival de Toronto, l'automne dernier, en passant par ses quatre Golden Globes et ses 10 nominations aux Oscars (dont celle du meilleur film), ce fabuleux conte apprêté à la sauce curry récolte partout des louanges pour son regard original sur une société indienne en pleine mutation.
Depuis Trainspotting, jamais avait-on vu Danny Boyle aussi inspiré. Il s'est approprié le scénario de Simon Beaufoy (The Full Monty), adapté d'un roman de Vikas Swarup, pour en faire un récit foisonnant qui capte l'Inde d'aujourd'hui dans toutes ses contradictions de misère et de richesse, sans pour autant verser dans le pathos ni le misérabilisme.
Le pouilleux millionnaire fonctionne à coups de flash-back, au gré d'un montage particulièrement malin où les indices sont révélés au compte-gouttes. Le jeune Jamal (Dev Patel) se met à table devant un enquêteur pour raconter pourquoi sa performance inattendue au jeu-questionnaire ne relève pas de l'arnaque ou de la tricherie. Par le plus pur des hasards, chacune des questions posées par le maître du jeu (Anil Kapoor) le ramène à un épisode clé de son enfance.
De fil en aiguille, la vie de Jamal prend forme. On le découvre, gamin débrouillard dans les bidonvilles de Mumbai, où il apprendra mille et une combines avec son jeune frère Salim, après la mort violente de leur mère. La jeune Latika, une autre enfant de la rue, se joindra à eux et deviendra la troisième mousquetaire. Et l'amour de la vie de Jamal.
Or, après avoir échappé à un vil exploiteur d'enfants, le trio se disloquera. Jamal perdra la trace de son frère et surtout de sa bien-aimée (Freida Pinto). Sa quête pour la retrouver deviendra le leitmotiv de son existence.
Le pouilleux millionnaire est une totale réussite, qui allie tout à la fois un scénario malin, une technique huilée à la perfection (montage ingénieux, photographie énergique, bande originale séduisante) et une interprétation d'une grande justesse (Dev Patel, une révélation). Si vous ajoutez à cela le portrait d'une Inde moderne et vibrante, nouveau carrefour de la mondialisation, Danny Boyle accouche d'un film, son meilleur, qui fait passer par toute la gamme des émotions.
Pour peu qu'on soit un habitué de Who Wants to be a Millionaire?, on verra peut-être venir une partie de l'épilogue, mais qu'importe, tout le travail de Boyle en amont ne perd pas de sa force pour autant. La chorégraphie à la Bollywood, en générique final, vient clore avec réjouissance cette aventure mémorable.
Entre rire et larmes, détresse et enchantement, naïveté et espoir, Le pouilleux millionnaire est la célébration d'un monde où tous les rêves sont permis. Après l'American dream, voici l'Indian dream, version Danny Boyle.
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Le pouilleux millionnaire (v.f. de Slumdog Millionaire). Genre : drame. Réalisateur : Danny Boyle. Acteurs : Dev Patel, Mia Drake, Madhur Mittal, Freida Pinto et Anil Kapoor. Classement : 13 ans. Durée : 2 h.
On aime : l'énergie des images, le scénario malin, la photographie, le jeu de Dev Patel, la trame sonore, le montage astucieux, la chorégraphie du générique final
On n'aime pas :-