La Presse
Au milieu d’une rafale de films d’auteur – Garrel, les frères Dardenne — et face au film québécois dont «tout le monde parle», Polytechnique, sort dans la discrétion la plus absolue Demain, de Maxime Giroux. Certes, le minimalisme dans la mise en marché de Demain sied bien au dépouillement de ce film presque silencieux. Il serait dommage toutefois d’ignorer totalement ce film, porteur de belles promesses.
Demain n’est pas un film à thèse, ne revisite aucun drame proche ou loin de nous, n’érige rien en vérité sociologique ou psychologique et, non, n’apprendra rien à son spectateur. Demain est un film âpre, une sorte de mise en scène aboutie de la résignation.
Sophie (Eugénie Beaudry) est une fille plutôt jolie, plutôt intelligente. Dans une autre vie, elle aurait pu être une femme pleine, heureuse. Dans la banlieue montréalaise, Sophie vivote, à coups de visites chez son père (Serge Houde) de séminaires sur «l’importation des données dans un système de gestion».
Alors, pour se donner l’impression de vivre un peu, pour faire ce que l’on attend d’elle, Sophie sort. Elle ne rit pas, mais regarde, cherche en chaque homme son partenaire potentiel. Elle croise Jérôme (Guillaume Beauregard): très vite la langue, le sexe, et un semblant de relation avec un homme-enfant, irrespectueux, irresponsable, qu’elle n’aime pas vraiment.
Ainsi va la vie, morne et morose, sans rêves déçus car Sophie n’a sans doute jamais rêvé. Maxime Giroux met en scène le cul-de-sac qu’est la vie de Sophie. Il y avait toujours de minces chances que peut-être, demain, tout change. Et puis, rien: dans Demain, la vie s’étiole et ce n’est pas plus grave ou plus triste que cela.
Sobre, avare de mots comme d’effets de style, Demain ferme habilement les portes de sortie à Sophie au fil du film. Maxime Giroux et le scénariste Alexandre Laferrière donnent habilement de la profondeur – et de la crédibilité — à leurs personnages.
On pourrait tout à fait reprocher au film sa lenteur, son style proche du cinéma européen, façon Dardenne. Ou encore son scénario, que certains ne manqueront pas de trouver ténu. Ou on pourra alors, comme nous, se laisser porter par un film qui ne prétend pas être autre chose que ce qu’il est: le drame intime d’une femme, oui, qui est aussi celui de vies sacrifiées au devoir, ou à la banalité, au vulgaire ou au commun.
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Demain
Drame de Maxime Giroux. Avec Eugénie Beaudry, Guillaume Beauregard, Serge Houde. 1h44.
Le quotidien de Sophie, condamnée à une vie au service de l’homme...
Un premier long métrage exigeant, sobre et sans concessions.