Le jeudi 26 février 2009
Le bonheur de Pierre : le malheur des autres
La Presse
Les intentions de tous les artisans du film Le bonheur de Pierre étaient sans doute très nobles. Après tout, une comédie à vocation populaire mettant en valeur des vedettes appréciées du public, tournée dans un coin de pays rarement visité au cinéma, peut quand même afficher quelques vertus. Or, le résultat est affligeant.
Cette pseudo-comédie, écrite et produite par Guy Bonnier et réalisée par Robert Ménard (Cruising Bar 1 et 2), est un tel amoncellement de clichés que le spectateur aura très vite l’impression de retourner à une époque qu’il croyait à jamais révolue.
Sur papier, l’histoire flirtait déjà dangereusement avec le désastre annoncé: un professeur français doué pour le bonheur (Pierre Richard) hérite de la «cabane au Canada» qu’habitait une veille tante immigrée dans un petit village du Saguenay. Y voyant un signe du destin, l’intellectuel plie bagages et rapplique avec sa fille (Sylvie Testud), une journaliste parisienne jusqu’au bout de la langue. Sur place, les malheurs s’accumulent parce que le maire xénophobe (Rémy Girard), qui vit avec sa femme (Louise Portal) et leur fils illettré (Patrick Drolet), a des vues sur l’auberge qu’a occupée pendant si longtemps la «maudite française», un établissement que s’apprêtent maintenant à investir ses héritiers.
Contrairement à La grande séduction, le récit du Bonheur de Pierre repose sur de vieux antagonismes culturels dont on croyait s’être débarrassés depuis belle lurette. Surtout, les gags – prévisibles depuis au moins Tadoussac – tombent lamentablement à plat. Et sont souvent offensants. Du coup, on se demande comment des acteurs de la trempe de ceux qu’on retrouve dans ce film bancal ont pu accepter de se prêter à telle mascarade.
Le bonheur de Pierre, c’est du vieux cinéma, avec de vieilles idées et de vieux clichés. A-t-on vraiment besoin de revenir 40 ans en arrière? Le plus triste dans cette histoire, c’est que ce très mauvais film est précédé d’ONF 70 ans, un excellent court métrage qu’a réalisé Jean-François Pouliot pour souligner le 70e anniversaire de l’Office national du film. Il y a, dans cet exercice d’autodérision, plus de cinéma en huit minutes que dans tous les Bonheur de Pierre réunis en ce bas-monde.