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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
«Anne-Sophie Dutoit a écrit Rêves perdus à l’âge de 14 ans. À 16 ans elle a réalisé le film et joué le rôle-titre», est-il annoncé avant le générique. La jeune surdouée, petite-fille du célèbre maestro Charles, s’est fait récemment voir et valoir, entre autres podiums médiatiques, sur le plateau de Tout le monde en parle, suscitant tout à la fois admiration, agacement et obscure jalousie...
Les petits génies énervent autant qu’ils fascinent, surtout ceux ou celles qui, comme cette Anne-Sophie, peuvent apparemment pondre un roman en cinq jours. Cette sorte de publicité pourrait éventuellement nuire à sa carrière. Mais mêlons-nous de nos affaires et parlons du film en tant qu’oeuvre, oubliant l’âge, la filiation de l’auteure, et tout cet inutile potinage.
Bourré d’agaçants petits défauts, surtout du côté du scénario et des dialogues, Rêves perdus, filmé avec talent et riche d’images recherchées et de très beaux plans, est loin d’être un désastre. En fait, on dirait l’un de ces films indépendants présentés au festival Sundance dans les années 90. Oui, mystérieusement, cette oeuvrette paraît déjà datée. Mais ce côté obscurément désuet lui donne un charme particulier, presque rétro, les modes se succédant si vite.
C’est l’histoire, en longs flash-backs, d’une adolescente tourmentée, artiste dans l’âme, s’étant toujours sentie marginale et incomprise. Internée en institution psychiatrique, la ténébreuse Cassandra (interprétée par la polyvalente Dutoit) se remémore donc les tristes circonstances de sa dégringolade. Il est question, on le sait au départ, d’une histoire d’amour qui aura mal tourné.
Dutoit, assez poseuse, veut épater. Normal, c’est un premier film. Et la plupart des critiques seront d’accord pour dire que les premiers films sont souvent un peu prétentieux, hormis peut-être les premiers films de genre, et encore. Rêves perdus (en anglais Faded Memories) est effectivement irritant par moments : la narration, où le personnage lit apparemment des extraits de son journal intime, ajoute à ce drame un superflu d’intensité et de profondeur alors que les images parlent d’elles-mêmes.
La musique, par ailleurs fort jolie en soi, surligne ce qui ne devrait qu’être montré. Et les acteurs semblent parfois réciter et mimer plutôt qu’interpréter, Dutoit en premier lieu. Libérée du fardeau de l’adolescence et émancipée de cette obligation de jouer au génie précoce, la jeune Dutoit, douée et fonceuse, sera sans doute une auteure intéressante à suivre. Bel effort.
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**1/2
Faded Memories (V.F.: Rêves perdus)
Drame d’Anne-Sophie Dutoit. Avec Anne-Sophie Dutoit, Brock Kelly, Ely Pouget. 1h30
Une adolescente perturbée se remémore son passé troublant et les événements tragiques qui l’auront menée à l’hôpital psychiatrique.
Premier exercice plus ou moins concluant d’une jeune auteure à suivre.