Le jeudi 12 mars 2009
Les plages d’Agnès : fascinant jeu de miroirs
La Presse
Pour célébrer sa 80e année de vie, Agnès Varda s’est offert Les plages d’Agnès, un autoportrait remarquable, véritable modèle du genre. La vénérable artiste s’est prêtée à l’exercice de façon parfaitement ludique, laissant l’émotion pointer au détour d’un souvenir, d’une évocation, d’une image ou d’une installation.
On y constate d’abord à quel point cette femme, pionnière en son domaine (les réalisatrices étaient peu nombreuses dans la mouvance de la nouvelle vague) affiche un sens artistique hors du commun. Une façon d’occuper l’espace, de le concevoir autrement, de le réinventer. À cet égard, le ton est donné dès le départ alors qu’un simple jeu de miroirs installé sur une plage donne droit à des images d’une beauté sublime. Tout le film s’inscrit d’ailleurs sous le sceau de cette simplicité, dans les reflets des gens qui se répercutent sur une créatrice d’exception.
Une femme se raconte, magnifiquement, le cœur perpétuellement ouvert vers l’autre, l’oeil de l’artiste toujours aux aguets. Comme une intimité partagée avec autant de familles, liées par le sang ou la création.
Les plages d’Agnès emprunte ainsi la forme d’une allégorie impressionniste, tissée à même les fulgurances d’une mémoire stimulée par ces retours sur des plages aimées. Là même où des moments importants de vie et de cinéma ont été vécus.
À cette mémoire se juxtapose celle, indissociable, de Jacques Demy, le complice disparu, mort du sida il y a maintenant près de 19 ans. Couple amoureux, à la fois distinct et fusionnel dans la création, raconté ici au détour d’extraits de films réalisés par l’un ou l’autre, lesquels se fondent en autant d’extraits de vie commune.
Agnès Varda intègre ici sa vie dans une démarche conceptuelle d’une fluidité totale. L’une des scènes les plus révélatrices à cet égard consiste en une mise en place d’un système de projection sur une charrette ambulante, laquelle parcourt exactement le même chemin que les personnes montrées dans le vieux film qui est projeté. L’art s’intègre ainsi dans la vie le plus naturellement du monde, à proximité des gens, loin de tout carcan intellectuel.
Cette façon de rendre l’art incroyablement vivant est au cœur de la démarche de la cinéaste depuis toujours. En jetant un regard sur le parcours franchi, Agnès Varda propose par la même occasion tout un pan de l’histoire du cinéma. De son cinéma.
À juste titre, Les plages d’Agnès a reçu il y a deux semaines le César du meilleur documentaire. Hommage fut ainsi rendu à un film inclassable, conçu par une artiste qui l’est tout autant.
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Les plages d’Agnès
Documentaire réalisé par Agnès Varda. 1h52.
En revenant sur les plages qui ont marqué sa vie, la cinéaste Agnès Varda se met en scène au milieu d’extraits de ses films, d’images et de reportages.
Un autoportrait aussi ludique que touchant.