Le jeudi 19 mars 2009
Duplicity : entre amour et vengeance
La Presse
Avec Michael Clayton, Tony Gilroy plongeait déjà dans les méandres du monde corporatif. Avec Duplicity, son deuxième long métrage, l’auteur cinéaste poursuit son exploration en empruntant une approche toujours aussi raffinée, bien que la manière soit cette fois beaucoup plus ludique.
Privilégiant une écriture très fine, Gilroy propose un récit habilement construit, à travers lequel il peut aborder plusieurs thèmes de front. Dont une intrigue de nature sentimentale qui, dans ce contexte, ne sombre jamais dans les excès.
Le ton est donné dès le départ avec une scène où la concurrence entre deux groupes industriels est illustrée par une agression physique à laquelle se livrent au ralenti les deux têtes dirigeantes de deux grandes entreprises pharmaceutiques. Tom Wilkinson et Paul Giamatti incarnent ces gestionnaires qui, sous l’oeil ahuri de leur entourage respectif, en viennent aux coups sur le tarmac d’un aéroport où les attendent leurs avions privés. L’objet du litige est la mise au point d’un produit révolutionnaire dont la formule aurait fait l’objet de bien des tractations.
Gilroy, qui a d’abord établi sa réputation en tant que scénariste (il a notamment imprimé sa marque sur la trilogie consacrée à Jason Bourne), remonte ainsi à la source du conflit. Il s’attarde surtout à décrire, à l’aide de nombreux retours en arrière qui s’éparpillent comme autant de pièces d’un puzzle fascinant, la dynamique qui caractérise la relation des deux protagonistes de son histoire. Lesquels tirent les ficelles dans les coulisses. Du moins, le croient-ils.
Au moment où ils se croisent une première fois à Dubaï en 2003, Claire Stenwick (Julia Roberts) et Ray Koval (Clive Owen) agissent à titre d’agents secrets. Elle au service de la CIA aux États-Unis ; lui au service du MI6 en Grande-Bretagne. Ils passent une nuit ensemble avant qu’elle ne se pousse avec ses documents.
Ray n’aura de cesse de poursuivre ensuite celle qui l’a dupé, sans que jamais le spectateur ne puisse véritablement deviner la motivation profonde cachée derrière cette quête. Amour ou vengeance? Ainsi, chaque nouvelle rencontre entre les deux personnages sera ponctuée – belle trouvaille – par les mêmes dialogues, bien que ceux-ci soient présentés sous un nouvel éclairage.
Les destins des deux héros de cette histoire s’entrechoquent en effet à la faveur d’une nouvelle orientation de carrière. Ayant quitté leur agence gouvernementale respective, ces derniers travaillent désormais pour le compte de deux entreprises concurrentes.
Très conscients du fait qu’ils ne pourront probablement jamais trouver meilleur partenaire de vie, dans la mesure où ils sont évidemment faits pour se comprendre, ces deux êtres doivent non seulement opérer de façon à satisfaire les exigences de leurs employeurs, mais aussi gérer leurs réflexes naturels – on ne peut faire confiance à personne – dans leur vie personnelle.
S’inscrivant dans la meilleure tradition hollywoodienne, Duplicity distille un humour formidable sans pourtant ne jamais vraiment revendiquer le statut de comédie pure. Même s’il nage en pleine fantaisie, Gilroy parvient malgré tout à rendre tout à fait crédible l’univers qu’il dépeint.
Les personnages secondaires sont aussi bien soignés. Au-delà des qualités d’écriture et de mise en scène, Duplicity doit aussi sa réussite aux deux vedettes. Cinq ans après Closer, Julia Roberts et Clive Owen partagent une nouvelle complicité à l’écran. Et trouvent ici des personnages qui leur conviennent à merveille.
Somme toute, un divertissement d’excellente qualité.
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***1/2
Duplicity (V.F.: Duplicité)
Suspense d’espionnage réalisé par Tony Gilroy. Avec Julia Roberts, Clive Owen, Paul Giamatti, Tom Wilkinson. 2h05.
Deux anciens agents secrets attirés l’un par l’autre, l’une américaine et l’autre britannique, sont à l’emploi de compagnies concurrentes prêtes à tout pour battre l’autre.
Magnifiquement écrit et mis en scène, le nouveau film de Tony Gilroy constitue l’un des bons divertissements de la saison.