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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Cette sorte de saga bureaucratique et policière, généreusement mâtinée de drame considération sociale et de drame humain, regroupe une jolie grappe d'acteurs reconnus et célébrés: Harrison Ford, Ray Liotta, Ashley Judd, Jim Sturgess. (Sean Penn aussi était du lot, avant de résilier son contrat pour de vagues raisons politiques.)
C'est que Crossing Over, exercice de cinéma engagé et rassembleur, traite de sujets extrêmement chauds, et ce film à demi raté, saturé d'intrigues entremêlées et parfois mal amenées, a le mérite du courage. Il est question ici d'immigration, d'assimilation volontaire, d'expatriation, et plus généralement de cette foisonnante «multiplicité ethnique» qui fait de l'Amérique une immense courtepointe culturelle, grosse couverture par bouts effilochée et qui cache bien des misères et des drames insoupçonnés.
Le film lui-même est une courtepointe laquelle rapièce une impressionnante variété d'histoires toutes liées par un fil conducteur. Comme chez Lelouch, ou comme dans Babel, des destins se frôlent ou se rencontrent: Crossing Over ratisse large et tâche, un peu péniblement, de faire le portrait général des milieux immigrants, régis et surveillés par ces agents et fonctionnaires responsables du maintient de l'ordre et des procédures.
C'est connu, beaucoup d'étrangers tentent, illégalement et avec plus ou moins de succès de s'installer aux États-Unis. Beaucoup sont retracés par les autorités et renvoyés dans leur pays. Des familles sont brisées, la loi ne faisant pas de cadeau.
Il faudrait ici une page entière pour relater avec force détails les tenants et aboutissants de ce film éparpillé, parfois profondément engageant, troublant, émouvant ; parfois lourd, pénible et agaçant. Ford, en agent de l'immigration, job aussi ingrat que celui de huissier, est le personnage pivot. Ses enquêtes à propos de nouveaux arrivants illégaux le mènent à côtoyer la détresse et la misère humaines.
En parallèle nous suivons les déboires de quelques familles littéralement disloquées par les sévères mesures étatiques : expédition d'une ado arabe soupçonnée par le FBI de fomenter quelque plan terroriste, menaces de renvoie d'une actrice australienne qui se prostitue pour obtenir son visa, descente aux enfers d'un jeune asiatique recruté par les gangs de rues. Et encore, et encore...
Trop d'épisodes, trop de chapitres amalgamés maladroitement dans ce film fourre-tout, perdu entre le suspense, le mélodrame, le brûlot et l'ode patriotique aux libertés idéales du grand rêve américain.
Réalisée par Wayne Kramer, Crossing Over est une oeuvre d'une grande humanité, qui suscitera sans doute des discussions aminées, mais un film dispersé. Comme on dit chez nous, trop c'est comme pas assez...
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Crossing Over. Drame de Wayne Kramer. Avec Harrison Ford, Ray Liotta, Ashley Judd. 113 minutes.
Les déboires de quelques immigrants, issus de différentes nationalités, cherchant mille moyens pour obtenir la citoyenneté américaine et devant affronter les autorités fonctionnaires et policières.
Un scénario fascinant, mais lourd et encombré qui aurait mérité d'être trimé.