Après le très réussi (et corsé) Michael Clayton, mis en nomination pour sept Oscars il y a deux ans, Gilroy remet le couvert avec le sophistiqué Duplicité (v. f. de Duplicity) qui, sur le ton du marivaudage amoureux, met cette fois en lumière les dessous de l'espionnage industriel.
Julia Roberts, tenue depuis un moment loin des plateaux de tournage pour cause de maternité, et Clive Owen, qui lui donnait la réplique dans Closer, en 2004, forment un improbable couple d'espions au centre d'une intrigue pour le moins tarabiscotée qui demande une attention de tous les instants pour ne pas perdre le fil.
Après une première rencontre où ils tomberont dans les bras l'un de l'autre, à Dubaï, l'agent de la CIA Claire Stenwick (Roberts) et l'espion des services secrets britanniques Ray Koval (Owen) réaliseront que la confiance fait foi de tout dans l'existence. Que ce soit dans la vie professionnelle ou privée.
Le rusé Gilroy fait évoluer ce couple dans une direction pour le moins inusitée. Devenus responsables de la sécurité pour deux firmes de cosmétiques dont les patrons se détestent mutuellement (Tom Wilkinson et Paul Giamatti), Claire et Ray monteront une arnaque de haut vol autour d'une découverte scientifique majeure dans le monde capillaire.
Du coup, le spectateur sera invité à un solide chassé-croisé, mais souvent exaspérant de complexité. Les ramifications de l'intrigue se déroulent en de multiples endroits et à différentes époques. Chaque retour en arrière pose un nouvel éclairage sur la scène suivante, et ainsi de suite.
Alors que le cinéma américain sous-estime trop souvent le public, Duplicité passe à l'autre extrême, en proposant un univers où une chatte ne retrouverait pas ses petits. Faire intelligent ne signifie pas verser dans une complexité tous azimuts. Bryan Singer l'avait démontré avec éloquence avec Usual Suspects.
En outre, le duo Roberts-Owen ne casse rien. On cherche la chimie. L'idée de faire évoluer les deux amants à la recherche d'une denrée rare dans leur métier, la confiance, dans un monde où chacun peut vous planter un poignard dans le dos, est intéressante, mais noyée dans des magouilles à la Ocean's Eleven pas toujours convaincantes.
---------------------------------
Genre : comédie d'espionnage
Réalisateur : Tony Gilroy
Acteurs : Julie Roberts, Clive Owen, Tom Wilkinson, Paul Giamatti, Dan Daily et Denis O'Hare
Salles : Cinéplex Sainte-Foy, Cinéplex Beauport, Galeries de la Capitale et Lido
Classement : général
Durée : 2h02
On aime : la séquence d'ouverture, le montage ingénieux (même si parfois déroutant)
On n'aime pas : la complexité exaspérante du récit, le couple peu convaincant Roberts-Owen