Le jeudi 9 avril 2009
Parlez-moi de la pluie : délicates partitions
La Presse
Parlez-moi de la pluie n’est peut-être pas aussi «spectaculaire» que ses deux films précédents (Le goût des autres et Comme une image), mais Agnès Jaoui creuse, avec ce nouveau long métrage, un sillon dans lequel elle trouve toujours une matière très riche.
Écrit avec son complice Jean-Pierre Bacri, le scénario distille une justesse remarquable sur les relations humaines et sur tout ce qui se cache sous le vernis des apparences, tant sur le plan individuel que social.
La force d’écriture du tandem Jaoui-Bacri marque d’ailleurs cette troisième réalisation d’Agnès Jaoui. Avec un sens du dialogue inouï ; avec, aussi, cette manière de débusquer l’ironie d’une situation dans ses aspects les plus banals, la réalisatrice dresse un portrait dans lequel tous les personnages glissent progressivement vers une remise en question qu’ils n’attendaient pas.
Conçu expressément pour Jamel Debbouze, qui livre ici une performance à la fois sobre et vibrante, le récit de Parlez-moi de la pluie est orchestré autour du tournage par deux amis (Debouzze, Bacri) d’un documentaire indépendant sur une militante féministe (Jaoui). Cette dernière a en effet décidé de se lancer en politique, mais elle est parachutée dans une circonscription perdue d’avance, située à l’endroit même où elle a grandi.
Du coup, ce retour dans un patelin qu’elle a voulu quitter à la première occasion il y a tant d’années se révèle marqué par des relents du passé, encore très sensibles sur le plan personnel.
À l’aide de plans-séquences, Jaoui prend ainsi bien soin d’installer les scènes, laissant la vérité des personnages et des situations se révéler d’elle-même. Certains moments relèvent parfois de la comédie pure (le troupeau de moutons), mais Jaoui préfère visiblement les scènes plus diffuses, celles où rien n’est trop appuyé. Et pourtant, il se dit là des choses importantes sur le petit racisme ordinaire, sur la discrimination dont les femmes sont victimes, particulièrement celles qui choisissent l’action politique, tout autant que sur les relations familiales.
Tous les acteurs jouent cette partition délicate en atteignant toujours la note juste. Aux trois protagonistes s’ajoutent aussi quelques personnages périphériques qui enrichissent le récit. On pense notamment à ce personnage de Mimouna, la mère du personnage qu’interprète Debbouze, que campe avec beaucoup de dignité Mimouna Hadji. Cette non-professionnelle interprète en effet ici quasiment son propre rôle et fait écho, avec une grande économie de moyens, à la condition de la première génération de femmes maghrébines émigrées en France. Sa seule présence est émouvante.
Le nouveau film d’Agnès Jaoui, de facture élégante et discrète, affiche en outre la maîtrise d’une auteure-cinéaste au regard finement aiguisé.
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***1/2
Parlez-moi de la pluie
Comédie dramatique réalisée par Agnès Jaoui. Avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Jamel Debbouze. 1h39.
Une écrivaine féministe, nouvellement engagée en politique, retourne sur les lieux de son enfance et accepte d’être le sujet d’un documentaire.
De nature élégante et discrète. Un autre très beau film d’Agnès Jaoui.