Le jeudi 16 juillet 2009
The Hurt Locker : la guerre en gros plans
|
Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Même les cinéphiles purs et durs se prendraient la tête à chercher les noms d’au moins cinq femmes œuvrant dans le cinéma d’action, en tant que réalisatrices. Kathryn Bigelow est une cinéaste versée dans le cinéma de genre (Near Dark, Point Break), une ouvrière efficace mais malheureusement sous-employée, qui, si on lui en donnait l’opportunité, ferait passer Michael Bay pour un jeune trisomique et Ridley Scott pour un vieux croûton. The Hurt Locker, film de gars fait par une fille, fesse droit au coeur, pourtant sans aucune sensiblerie. Avec Jarhead, c’est probablement l’un des meilleurs films de guerre des dernières années, lequel emprunte beaucoup à la seconde partie du chef d’œuvre de Stanley Kubrick Full Metal Jacket, avec un look adapté aux jeunes générations, façon Black Hawk Down (caméras épileptiques, gros plans intempestifs) ce qui est parfois exaspérant, voire nauséeux.
Nous voici donc propulsés au coeur de l’Irak, investi par les troupes américaines, avec un escadron de soldats perdus dans un monde de misère, de violence et de désolation. Bigelow et son scénariste Mark Boal tâchent de montrer l’horreur ordinaire de cette interminable guerre du point de vue des militaires, qui font figure de chair à canon mêlée à un conflit dont ils ne comprennent pas trop les enjeux et qui s’appliquent tout de même au travail. C’est un film assez froid, qui ne fait pas dans le patriotisme larmoyant façon Platoon ou Casualties of War, mais davantage dans le docudrame. The Hurt Locker est filmé en Irak, et les acteurs – toute l’équipe technique aussi – y ont été soumis à de rudes épreuves.
Formellement, ce film est agaçant : trop de caméras nerveuses, trop de gros plans inutiles, comme si un film de guerre devait nécessairement ressembler à un reportage tourné dans l’urgence par des journalistes paniqués. Le grand mérite de The Hurt Locker est de présenter le boulot des fantassins avec force détails : le maniement des armes à feu, l’adaptation lente et difficile à un environnement nouveau, l’inquiétude face à un «ennemi» vaporeux, sans visage, n’existant à leurs yeux que sous la forme d’une menace potentielle. En cela, ce film nous rappelle (encore une fois, mais ce n’est jamais trop) que la guerre n’est pas une partie de plaisir et que ces jeunes gens, professionnels et volontaires, risquent leur vie pour des causes discutables à l’infini.
................................................................
***
The Hurt Locker (V.F.: Démineur)
Drame de Kathryn Bigelow. Avec Guy Pierce, Ralph Fiennes, Jeremy Renner. 2h11.
Des soldats américains perdus dans les déserts de l’Irak sont confrontés à un ennemi obscur et fantomatique.
Excellent film de guerre, presque documentaire, mais tourné de façon «épileptique».