La Presse
Quand elle s’adonnait à rater une manoeuvre en cuisinant un plat devant les caméras, Julia Child, qu’on peut voir présentement sous les traits de Meryl Streep dans Julie & Julia, incitait ses téléspectatrices à ne jamais s’excuser pour une maladresse. Les intentions des artisans de ces Grandes chaleurs sont tellement sincères que nous aurions aujourd’hui un peu envie de leur dire la même chose. Et meilleure chance la prochaine fois.
Beau sujet pourtant. Et un film ayant déjà de beaux atouts dans son jeu: auteur de renom, excellents acteurs, et une cinéaste qui s’est fait la main en signant la réalisation de séries «lourdes» à la télé. À l’arrivée, le résultat se révèle étonnamment pâle. Un peu comme si les répliques habituellement si mordantes de Michel-Marc Bouchard avaient perdu de leur lustre en passant au grand écran. L’auteur, qui signe ici le scénario de sa propre pièce, a remanié son texte de fond en comble.
En empruntant délibérément le ton de la comédie romantique, la réalisatrice Sophie Lorain se trouve de son côté à devoir se lancer sans filet dans un exercice de très haute voltige. Son film n’est pourtant pas assez drôle pour le faire basculer dans le genre de la comédie pure; pas assez dramatique non plus pour provoquer chez le spectateur une émotion tangible. On nage toujours ainsi entre deux eaux, sur un rythme parfois un peu chaotique, au fil d’un récit où chaque péripétie semble télégraphiée à l’avance. Et gratifiée d’une ponctuation musicale vite encombrante.
Cela dit, il y a quand même, au coeur de ce film, un sujet vraiment intéressant, lequel, il est vrai, est volontairement traité de manière plus légère. On peut suivre avec beaucoup d’empathie le parcours de cette femme mûre qu’est Gisèle (Marie-Thérèse Fortin), cinquantaine assumée, dont la vie sera chamboulée par l’arrivée de Yannick (François Arnaud), un jeune «poqué» de la vie de 30 ans plus jeune qu’elle. Qui la poursuivra de ses avances amoureuses…
Bien entendu, les circonstances font en sorte que Gisèle se donnera la permission de s’abandonner, même si cette liaison en apparence déraisonnable doit s’épanouir dans un contexte social moins accueillant. Cette partie du récit, qu’on pourrait appeler celle de la «justification», est probablement la plus faible. Veuve depuis peu, ayant appris de la bouche même de son mari que ce dernier avait entretenu une liaison adultère pendant plusieurs années avec une inconnue, cette femme trouve ici le prétexte idéal pour dédouaner sa nouvelle aventure. Or, le personnage qu’incarne Marie Brassard, la belle-soeur, n’est pas du tout ancré dans une vraie réalité, même si elle ramène constamment Gisèle à son «ancienne» vie. Les éléments de «comic relief» attribués à ce personnage tombent aussi souvent à plat.
Restent quand même les belles présences des deux acteurs principaux, notamment Marie-Thérèse Fortin. L’actrice, l’une des meilleures que compte le Québec, tient enfin un premier grand rôle au cinéma et s’en tire honorablement. Elle parvient en outre à toujours trouver la note juste, même dans un film où les différentes partitions ne sont pas toutes modulées sur le bon ton. Face à elle, le jeune Arnaud, révélé dans J’ai tué ma mère, parvient à rendre justice à la nature égalitaire de cette liaison amoureuse. Dommage que le film, somme toute moyen, ne soit pas à la hauteur des ambitions et du talent de ses artisans.
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**1/2
Les grandes chaleurs
Comédie réalisée par Sophie Lorain. Avec Marie-Thérèse Fortin, François Arnaud, Marie Brassard, Yvan Benoît. 1h39.
Après la mort de son mari infidèle, une quinquagénaire cède aux avances d’un homme de trente ans plus jeune qu’elle.
Un traitement trop sage pour un film trop inoffensif.