Le Soleil
Il a fallu patienter jusqu'à la mi-août avant de dénicher le meilleur film de l'été, District 9, de Neil Blomkamp. Une brillante métaphore de science-fiction sur la nature profonde de l'homme et de ses rapports hypothétiques avec des visiteurs d'un autre monde, forcés de vivre sur Terre.
Inspiré d'un court-métrage de Blomkamp tourné il y a quatre ans, Alive in Joburg, qui a séduit Peter Jackson (Le seigneur des anneaux) au point d'en assurer la production d'une version plus élaborée, District 9 s'intéresse à une histoire aussi étrange que fascinante.
À une époque qui semble être la nôtre, des extraterrestres vivent comme des parias dans des zones retranchées de Johannesburg, en Afrique du Sud. Depuis une vingtaine d'années, leur immense vaisseau spatial flotte au-dessus de la ville, incapable de les ramener chez eux en raison d'un problème mécanique.
Dans un pays où la ségrégation raciale était un mode de vie il n'y a pas si longtemps encore, les autorités considèrent ces bestioles comme des citoyens de seconde zone. Des «camps de réaffectation» accueillent 1,8 million de ces «mollusques» pacifiques et plutôt dociles. Ils sont traqués, exploités, battus, confinés à ces ghettos insalubres, nourris avec de la bouffe à chats. Leurs oeufs sont détruits pour éviter la surpopulation.
Sur fond de Rencontres du troisième type, l'état des lieux sent le régime de l'apartheid à plein nez. Noirs ou extraterrestres, même combat...
Un obscur et obéissant fonctionnaire (Sharlto Copley) sera chargé d'aller porter un avis d'éviction à quelques «mollusques». Sans le savoir, sa vie est sur le point de basculer dans l'horreur. Le visage aspergé par une étrange substance, l'homme en viendra à prendre l'apparence des créatures honnies. Le gouvernement cherchant à en faire un cobaye pour l'utilisation de ses armes sophistiquées, sa seule planche de salut résidera dans son assistance à deux extraterrestres, un père et son fils, qui travaillent en catimini à la réparation du vaisseau spatial.
District 9 est un film pour le moins déconcertant, surtout en première partie. Une fois acceptée l'hypothèse de départ, avec ces créatures qui vivent comme des humains, le scénario se transforme en un palpitant thriller. En cela, le choix de Blomkamp de tourner à la façon d'un pseudo-reportage télé est ingénieux, avec ces spécialistes et quidams qui commentent, en aval et en amont, les dramatiques événements.
Réalité et fiction se juxtaposent avec efficacité, appuyées par des effets spéciaux saisissants et des passages gore assez éprouvants. Ce vaisseau spatial suspendu entre ciel et terre, ce qu'on peut y croire...
À travers le destin de ces extraterrestres parias, Blomkamp analyse la nature humaine dans ce qu'elle peut avoir de plus retors. Les «mollusques» sont exploités comme des moins-que-rien. Leurs armes uniques attisent la cupidité et la convoitise des autorités qui en connaissent un max sur la manipulation des masses. Jusqu'à des gangs du ghetto qui croient que la consommation de leur chair leur conférera la puissance absolue...
Oubliez les histoires à la E.T. et Independence Day. Avec sa réflexion politique et sociale forte, District 9 montre les extraterrestres sous un nouveau jour, ni gentils ni méchants, un peu comme nous. Chose certaine, s'il existe d'autres créatures dans le cosmos, le film fait la démonstration que nous comptons peut-être parmi les plus hostiles et les plus primitives...
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District 9. Genre: science-fiction. Réalisateur: Neil Blomkamp. Acteurs: Sharlto Copley, William Allen Young, Robert Hobbs, Jason Cope, Vanessa Haywood et Kenneth Nkosi. Âge: 13 ans. Durée: 1 h 52.
On aime: la puissante métaphore au coeur du scénario, les effets spéciaux saisissants, les effets gore réussis.
On n'aime pas: des personnages qui manquent un peu de relief.