Le samedi 22 août 2009
Le commando des bâtards: le bon, la juive et le nazi
Le Soleil
Depuis sa présentation au Festival de Cannes, le dernier Quentin Tarantino ne cesse d'enflammer les esprits. Les irréductibles du réalisateur de Pulp Fiction et Kill Bill ne se peuvent plus d'attendre la dernière offrande de leur réalisateur culte portant sur des soldats alliés lancés en mission punitive contre les nazis, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Sur la Croisette, le film n'a toutefois pas déclenché l'hystérie. Dans la filmographie de l'exubérant réalisateur, Le commando des bâtards (v.f. d'Inglourious Basterds) n'est pas son film le plus réussi, ni son plus raté, et encore moins son plus violent. Seulement un bon film, bien ficelé, rempli de clins d'oeil, à la finale d'anthologie, mais beaucoup trop long (2h30) et beaucoup trop verbeux.
Inspiré du film de 1978 d'Enzo Castellari, Le commando des bâtards aurait aussi bien pu s'intituler Il était une fois... dans la France occupée, avec son ouverture hommage aux westerns spaghettis de Sergio Leone. Une longue introduction qui donne un avant-goût du talent de Christoph Waltz.
Le scénario de Tarantino campe son action au carrefour de deux complots visant à éliminer les dirigeants du Troisième Reich, Hitler et Goebbels inclus.
L'un est mené par le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt), à la tête d'un commando de soldats juifs, tous rompus à l'art de casser (et de scalper) du nazi. L'autre plan diabolique mijote dans l'esprit d'une jeune juive, seule survivante du massacre de sa famille par les hommes de l'infâme colonel Hans Landa (Waltz). Cette femme, Shosanna Dreyfus (Mélanie Laurent), est devenue propriétaire d'un cinéma à Paris. C'est là que l'état-major nazi se réunira pour la première d'un film de propagande. L'occasion est trop belle pour une vengeance digne de ce nom.
Le commando des bâtards fait la part belle à un excellent jeu d'acteurs, au premier rang, l'extraordinaire comédien autrichien Christoph Waltz, récompensé du Prix d'interprétation masculine à Cannes. Sa cruauté cynique, son sens de la répartie, sa maîtrise de plusieurs langues confèrent une grande force à ce personnage atypique.
Trop long, le film aurait bénéficié de quelques coups de ciseaux au montage. Fan des longues séquences de bavardage, devenues sa marque de commerce, Tarantino a décidé de présenter au public nord-américain une version quasi identique à celle de Cannes. Un pari audacieux qui comblera ses admirateurs, mais qui risque d'en laisser d'autres sur la touche.
Pour peu que vous maîtrisiez l'anglais, on ne saurait trop vous recommander de voir le film dans sa version originale, puisque l'essentiel de l'intrigue repose sur la confrontation de différents personnages qui s'expriment dans des langues différentes. On a eu au moins la bonne idée de glisser quelques sous-titres dans la version doublée.
_____________________________________________________________
* * *
Le commando des bâtards (Inglourious Basterds). Genre: drame de guerre. Réalisateur: Quentin Tarantino. Acteurs: Brad Pitt, Christoph Waltz, Mélanie Laurent, Eli Roth, Diane Kruger, Michael Fassbender, Daniel Brühl, Til Schweiger et Mike Myers. Classement: 13 ans (violence). Durée : 2 h 33.
On aime: le jeu de Christoph Waltz, la finale d'anthologie, plusieurs clins d'oeil amusants au monde du cinéma.
On n'aime pas: des séquences qui s'étirent, la trop longue durée du film.