Le jeudi 27 août 2009
Taking Woodstock : un beau trip ***1/2
La Presse
Qu’on se le dise, le plus récent film de Ang Lee ne tente pas de reconstituer le spectacle mythique d’il y a 40 ans. Un peu comme l’ont vécu la plupart des spectateurs qui étaient sur place, au plus en entend-on des bribes au loin.
L’intérêt de Taking Woodstock se situe ailleurs:dans ce portrait d’un jeune homme dont la vie sera transformée à jamais grâce à la tenue de ces trois jours «de paix, d’amour et de musique».
Empruntant parfois le style visuel privilégié dans le célèbre documentaire d’époque de Michael Wadleigh, le réalisateur s’attarde ainsi au parcours d’Eliot Teichberg (Demetri Martin), un personnage librement inspiré d’Eliot Tiber, lui-même promoteur «accidentel» du spectacle légendaire.
Vague cousin du célèbre Benjamin de The Graduate, personnage immortalisé par Dustin Hoffman dans le film de Mike Nichols, Eliot rentre chez lui afin d’aider ses parents, propriétaires d’un motel en désuétude, situé dans une bourgade perdue du nord de l’État de New York. Mis au courant de l’impasse dans laquelle se trouvent ceux qui voudraient organiser un spectacle dans le coin, qui ne parviennent pas à obtenir les autorisations nécessaires, Eliot décide de se mêler de l’affaire et cherche une solution. Disposant déjà d’un permis, attribué pour la tenue d’un festival «d’art et de musique», le jeune homme se révèle vite indispensable. D’autant qu’il obtient aussi l’autorisation d’un voisin fermier pour utiliser ses centaines d’acres de terrain…
En misant sur les ressorts comiques d’une situation exceptionnelle – le bled est envahi par des centaines de milliers de hippies –, Ang Lee brosse le tableau d’une époque de façon sensible, sans toutefois tomber dans le piège de l’hagiographie ou de la caricature. Le regard est amusé, parfois tendre, mais jamais complaisant.
Même si le ton, résolument plus léger, est différent de celui qu’utilise habituellement le réalisateur de Brokeback Mountain, on trouve ici la même justesse, la même acuité du regard, la même finesse. Lee s’attarde en outre à débusquer les accents de vérité de ses personnages. Même si le contexte peut prêter flanc à tous les excès, les protagonistes du film – même les plus colorés (la mère intraitable; le «marine» travesti) – restent ainsi crédibles de bout en bout.
De belles trouvailles de mise en scène ponctuent également ce récit, dont certaines se révèlent tout simplement magnifiques sur le plan visuel. Les mouvements de foule «sous influences» frappent particulièrement l’imagination.
Lee évoque par ailleurs éloquemment le point d’orgue d’une époque – personne ne le sait encore – dont les lendemains ne tarderont pas à déchanter. À cet égard, le cinéaste a bien raison de voir en Taking Woodstock le prélude de The Ice Storm, film qu’il a tourné il y a une douzaine d’années, dont l’intrigue était campée au début des années 70.
À cause de sa nature même, il serait toutefois étonnant que Taking Woodstock soit éventuellement classé parmi les meilleurs films d’Ang Lee. Mais le talent du cinéaste ne s’y fait pas moins valoir pour autant.
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Notez que Taking Woodstock a pris l’affiche en version originale anglaise seulement.