La Presse
Pour Québec-Montréal et Horloge biologique, Patrice Robitaille, Jean-Philippe Pearson et Ricardo Trogi avaient mis leur talent de scénariste en commun. On présume que les gars avaient dû puiser dans leur propre jardin secret pour exposer au grand jour les petites et grandes questions existentielles masculines qui surgissent aux détours de leurs vies. Les jeunes adultes étaient en tout cas dépeints de façon assez grinçante.
Avec 1981, présenté hier lors de la soirée d'ouverture du 33e Festival des films du monde, Ricardo Trogi pousse encore plus loin la démarche intime. S'attelant cette fois seul à l'écriture, l'auteur cinéaste plonge dans ses souvenirs d'enfance pour accoucher d'une histoire conjuguée au «je».
L'ensemble est sympathique, mais le film ne frappe pas l'imagination outre mesure. En tout cas pas de la même façon que les deux longs métrages précédents. L'avenue de la chronique d'époque ayant beaucoup été fréquentée dans le cinéma québécois récemment, il est vrai qu'il devient de plus en plus difficile de se distinguer à ce chapitre.
1981 emprunte ainsi les allures d'un récit autobiographique dont Trogi assure lui-même la narration. L'un des aspects les plus intéressants de la trame de ce nouveau film réside notamment dans l'interprétation de son histoire familiale, laquelle commence en Italie pendant la guerre.
Le petit Ricardo (Jean-Carl Boucher), 11 ans, impute la situation précaire de sa famille au fait que les nazis (qui s'expriment évidemment en québécois courant) aient incendié l'école que fréquentait à l'époque son père Benito (Claudio Colangelo), empêchant ainsi ce dernier de poursuivre ses études en droit.
Cet épisode mis à part (Ricardo ira même rencontrer les nazis afin de les sensibiliser à ses malheurs!), le cinéaste s'attarde à décrire les difficultés qu'éprouve le garçon pour se faire accepter dans un nouveau milieu. Ses parents s'étant installés dans un quartier où ils se retrouvent à vivre un peu plus haut que leurs moyens, le petit Ricardo, qui ne manque pas d'air, n'hésite pas à s'inventer une autre vie afin d'obtenir la sympathie de ses camarades. Surtout, il compte attirer l'attention d'Anne Tremblay, la fille de ses rêves...
Trogi prend visiblement plaisir à multiplier les références et à évoquer des choses bien caractéristiques de l'époque. Le catalogue Distribution aux consommateurs constitue ainsi une manne à fantasmes à laquelle le garçon s'abreuve quotidiennement. Walkman, montre-calculatrice, K-Way et autres bébelles ne peuvent pourtant occulter le drame financier auquel ses parents doivent faire face.
Récession et flambée des taux d'intérêt obligent, la famille Trogi est aux prises avec une réalité économique difficile. Si, un an à peine après le premier référendum, l'aspect politique est complètement évacué du récit, le contexte social est en revanche bien circonscrit. La confrontation entre la mère (formidable Sandrine Bisson) et le fils à propos des «moyens» dont dispose le ménage reste d'ailleurs l'un des temps forts de ce film attachant, mais inégal.
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1981. Chronique réalisée par Ricardo Trogi. Avec Jean-Carl Boucher, Sandrine Bisson, Claudio Colangelo, Marjolaine Lemieux. 1 h 42.
Arrivant avec sa famille dans un nouveau quartier, un garçon de 11 ans doit s'adapter à sa nouvelle école, de même qu'à un milieu plus aisé.
Attachant, mais inégal.