Le dimanche 30 août 2009
Démineur: descente aux enfers
Le Soleil
Démineur n'est pas un film de guerre conventionnel. Pas de bon ni de méchant dans la vision du conflit irakien que propose la réalisatrice Kathryn Bigelow. Seulement des hommes qui jouent une sorte de jeu insidieux, absurde et meurtrier.
À Bagdad, dans la chaleur écrasante de l'été 2004, les boys de l'unité Bravo ne participent pas à de vrais combats, mais à une sorte de guérilla vicieuse et sanglante. Leur tâche consiste à identifier et à neutraliser des engins explosifs de fabrication artisanale. Dissimulé parmi une foule anonyme dont ils ne comprennent ni la langue ni les coutumes, l'ennemi se révèle aussi insaisissable que sournois. Bonjour la paranoïa.
Dans cette lutte de toute évidence perdue d'avance, la stratégie des soldats de la US Army se résume à rester en vie et, si possible, en un seul morceau, en attendant le jour de la relève. Entre-temps, leur moral en prend un coup quand leur chef, le sergent Matt Thompson (Guy Pearce), gagne un billet de retour dans une grande boîte en carton en sautant avec la bombe qu'il tentait de désamorcer.
Climat angoissant
C'est dans ce climat particulièrement angoissant qu'entre en scène le sergent-chef William James (Jeremy Renner). Sa technique de déminage peu orthodoxe et l'humour grinçant qu'il pratique dès que la situation se corse ne font pas nécessairement l'affaire de ses collègues, le sergent Sanborn (Anthony Mackie) et le spécialiste Eldridge (Brian Geraghty). Alors que n'importe quel être humain sensé aurait déjà pris ses jambes à son cou, James, lui, marche vers le danger en sifflotant.
La sueur, le sang, la poussière sont les premiers ingrédients de ce drame dense et compact qui module la tension avec virtuosité pendant plus de deux heures. Le récit s'appuie sur les observations faites par le journaliste et scénariste Mark Boal lorsque ce dernier a accompagné une escouade des démineurs au cours d'une période particulièrement mouvementée du conflit. L'Afghanistan aurait très bien pu faire l'affaire, apparemment.
Ralph Fiennes, Evangeline Lilly et David Morse, dont les noms apparaissent également à l'affiche, sont à peine entrevus. La vedette de Démineur, celui qui donne au film son ton particulier, quelque part entre la souffrance, la peur et l'ironie, est sans contredit Jeremy Renner.
Histoire de pouvoir travailler en toute sécurité, Kathryn Bigelow (Le poids de l'eau) a tourné son film en Jordanie, pays voisin de l'Irak. Reste que certaines séquences tournées en format super 16 avec une caméra portée à l'épaule donnent l'effet d'avoir été prises sur le vif. Le montage de ces images avec des scènes au super-ralenti accentue l'impression de vérité. L'ouverture, ponctuée par une explosion hyperréaliste, est à ce propos particulièrement éloquente.
Au générique
Cote : ****
Titre : Démineur (v.f. de The Hurt Locker)
Genre : drame
Réalisatrice : Kathryn Bigelow
Acteurs : Jeremy Renner, Brian Geraghty, Anthony Mackie, Guy Pearce, Ralph Fiennes, David Morse, Evangeline Lilly
Salle : Le Clap
Classement : 13 ans
Durée : 2h11
On aime : voir, au ralenti, l'onde de choc d'une puissante explosion faire lever la rouille d'une carcasse d'automobile
On n'aime pas : ?