Le jeudi 22 octobre 2009
An Education : une histoire joliment racontée
La Presse
La réussite de An Education est principalement due à la délicatesse qu’affiche Lone Sherfig pour décrire le parcours sentimental d’une adolescente. La réalisatrice danoise, révélée grâce à Italian for Beginners, dresse ici un portrait très fin, duquel émane une authenticité tangible.
Portant à l’écran un scénario de Nick Hornby (High Fidelity, About A Boy), lui-même inspiré d’un récit autobiographique de la journaliste Lynn Barber, Lone Sherfig peut aussi compter sur une distribution exceptionnelle, dominée notamment par Carey Mulligan, une révélation, et Peter Sarsgaard.
Campé à Londres au tout début des années 60, soit avant que la capitale britannique n’entame ses années «swing», le récit s’attarde à décrire le parcours d’une adolescente de 16 ans, promise à de brillantes études. Préparant l’examen d’entrée pour Oxford, qu’elle devrait réussir en principe haut la main, Jenny (Mulligan) préfére plutôt emprunter des chemins de traverse le jour où elle rencontre David (Sarsgaard).
Bien que deux fois plus âgé qu’elle, David s’intéresse à cette jeune fille allumée, qu’il pourra initier peu à peu au monde adulte, notamment en la présentant à un couple d’amis très en vue (Rosamund Pike, Dominic Cooper). L’homme possède du charme au point où il parvient même à séduire les parents de Jenny (Cara Seymour, Alfred Molina) pour s’en faire des alliés.
L’histoire d’un homme plus mûr profitant de la naïveté d’une femme beaucoup plus jeune? Pas du tout. Même si elle n’a que 16 ans, Jenny mène la destinée de cette liaison et le moment où elle se «consommera». À cet égard, Sherfig trace ici le portrait d’une jeune femme parfaitement consciente de ses actes et de ses envies. À cela s’ajoute la pression de vivre dans une société encore sclérosée par l’austérité de l’après-guerre et des principes qui en découlent. Jenny veut voir le monde et les autres. Elle est fascinée par la France, par les existentialistes. Elle écoute les chansons de leur muse, Juliette Greco.
An Education est le portrait d’une jeune femme un peu en avance sur son temps, avide de culture, qui veut goûter au plus vite à tous les plaisirs qu’offre la vie. Une conversation avec une institutrice (Olivia Williams), dont on devine qu’elle fut animée du même feu à une certaine époque, se révèle assez éloquente.
On notera aussi le grand soin qu’apporte la réalisatrice à sa reconstitution d’époque. L’histoire ne dit pas si Jenny a un jour dû rentrer dans le rang, mais l’épisode auquel s’attarde ce film nous laisse croire que le monde fut déjà à sa portée. Et Sherfig le raconte très joliment.
An Education prend l’affiche en version originale anglaise seulement.
.......................................................
***1/2
AN EDUCATION
Comédie dramatique réalisée par Lone Sherfig. Avec Carey Mulligan, Peter Sarsgaard, Alfred Molina, Emma Thompson. 1h40.
Au tout début des années 60, une adolescente londonienne fait face à des choix : poursuivre ses études à Oxford ou découvrir le monde en compagnie d’un homme plus âgé…
Un portrait très fin, duquel émane une authenticité tangible.