Le Soleil
Québec
Le réalisateur Ang Lee est peut-être originaire de Taïwan, il est devenu au fil des ans un expert dans l'art de radiographier l'âme américaine. Après les excellents The Ice Storm et Brokeback Mountain, il en fait la preuve une fois de plus avec Taking Woodstock, où il s'amuse à revenir sur la naissance du célèbre rassemblement peace and love tenu il y a 40 ans.
Inspiré du livre d'Elliot Tiber et de Tom Monte (Taking Woodstock : A True Story of a Riot, a Concert, and a Life), le film de Lee se situe au carrefour de la petite et de la grande histoire, avec le récit d'un jeune designer new-yorkais (Demetri Martin) revenu vivre chez ses parents dans le bled perdu de Bethel, dans l'État de New York.
Poli, réservé, mal dans sa peau en raison d'une homosexualité qu'il n'ose afficher, le jeune Elliot deviendra bien naïvement l'homme derrière Woodstock, grâce au coup de pouce qu'il donnera aux organisateurs de l'événement. Au grand dam de gens du coin, très conservateurs, qui verront leur petite vie tranquille chamboulée par l'invasion d'un demi-million de hippies avides d'amour libre, de LSD et de musique planante.
Si Woodstock reste un moment mémorable pour ceux qui y ont assisté - et qui en conservent un souvenir ou deux... -, il le sera davantage pour Elliot, qui apprendra à voler de ses propres ailes et à s'affranchir du giron familial, particulièrement de sa chipie de mère (Imelda Staunton).
Fin observateur, Lee continue l'exploration des liens familiaux confrontés à une société coincée entre tradition et modernité. «Si The Ice Storm, dont l'action se passe en 1973, est la gueule de bois de l'après-1969», indique le cinéaste dans les notes de presse, «alors Taking Woodstock est la magnifique nuit qui précède et le dernier moment d'innocence.»
Sans être aussi relevé que ses films précédents, Taking Woodstock brosse un portrait d'époque léger, dépourvu de cynisme. Chacun des personnages apporte une saveur particulière. En travesti musclé, Liev Schreiber ne passe pas inaperçu, pas plus que l'actrice anglaise Imelda Staunton qui, dans le rôle de la mère juive insupportable et radine, est formidable. Une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice de soutien?
Ceux qui iront voir le film (présenté au Clap en version originale anglaise) en pensant vivre le show de l'intérieur risquent d'être déçus. Ce n'est qu'à la toute fin que Lee se rend sur le terrain voir de quoi il en retourne. Il était plus que temps.
La musique occupe évidemment une place prépondérante dans le film. Les Jefferson Airplane, Crosby, Stills & Nash, The Grateful Dead, Richie Havens, Joan Baez et Janis Joplin (pour une seule chanson) sont au rendez-vous, mais étrangement, aucune trace de Jimi Hendrix.
Au générique
Cote : ***
Titre : Taking Woodstock
Genre : comédie dramatique
Réalisateur : Ang Lee
Acteurs : Demetri Martin, Henry Goodman, Imelda Staunton, Dan Fogler, Jonathan Groff, Eugene Levy, Jeffrey Dean Morgan, Liev Schreiber et Emile Hirsch
Salle : Le Clap (version originale anglaise)
Classement : général (déconseillé aux jeunes enfants)
Durée : 2h
On aime : le jeu d'Imelda Staunton, la reconstitution d'époque
On n'aime pas : un scénario qui tarde à prendre son envol, une trame sonore qu'on aurait aimé plus relevée