Le jeudi 5 novembre 2009
La donation : la cité des enfants perdus
La Presse
Dans ce dernier volet d’une trilogie que consacre Bernard Émond aux valeurs théologales, la foi (La neuvaine), l’espérance (Contre toute espérance), et maintenant la charité (La donation), l’un des personnages affirme que la méchanceté ne fait pas partie de l’apanage naturel de l’être humain. Qu’il n’y aurait finalement que des «enfants perdus». Avec une austérité toute bressonienne, le cinéaste québécois s’attarde à sonder l’âme meurtrie de gens en état de souffrance. Et propose une réflexion sur la compassion, la solidarité, la «bonté» comme antidotes à l’indifférence.
Élise Guilbault, tout en intériorité, reprend ici son personnage de La neuvaine, Jeanne Dion. L’urgentologue montréalaise, qui a renoncé à son envie d’en finir avec la vie, se rend ainsi au fin fond de l’Abitibi, à Normétal, afin de prendre la relève d’un médecin vieillissant (Jacques Godin).
Avec beaucoup de sobriété, l’auteur cinéaste s’attarde à suivre le parcours d’une femme directement confrontée à la détresse des gens. Jeanne étant un maillon essentiel du tissu social de la petite communauté, elle deviendra vite le témoin privilégié des petites histoires de ses nouveaux patients. Toutes plus dramatiques les unes que les autres. Et charriant lourdement avec elles le poids de la condition humaine.
Des plans souvent fixes, des dialogues réduits au strict minimum, un rythme lent, tout ici appelle une vraie profondeur. Et exige du spectateur une disponibilité particulière.
Dans La donation, les personnages sont confrontés directement à eux-mêmes, mais le film évoque aussi le rapport qu’entretient l’homme avec un territoire, «beau et austère» dans ce cas-ci. La mise en scène fait d’ailleurs souvent écho à cet aspect, les images de Sara Mishara (Continental, un film sans fusil, Tout est parfait) captant avec grâce l’âpreté d’un paysage dont les beautés ne se révèlent pas d’emblée. Pas plus qu’elles ne s’offrent au premier venu.
Autour d’Élise Guilbault, parfaite bien sûr, gravitent une galerie de personnages authentiques, incarnés par des acteurs visiblement habités. Et émouvants.
On regrettera toutefois une approche plus affectée par moments, ou des dialogues parfois plus appuyés, mais dans le contexte cinématographique actuel, La donation se distingue assurément par cette volonté manifeste d’entraîner le spectateur en des zones maintenant peu explorées.
Au vieux médecin qui lui fait visiter l’environnement dans lequel elle pratiquera dorénavant, Jeanne Dion explique que dans une salle d’urgence montréalaise, on reste «en dehors» de la souffrance des gens. Au sein d’une petite communauté comme Normétal, un lien de proximité doit forcément s’établir. Jeanne ne sait pas si elle veut vraiment s’approcher, développer des liens. On pourrait presque y voir une métaphore de La donation. Et pourtant…
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***1/2
LA DONATION
Drame réalisé par Bernard Émond. Avec Élise Guilbeault, Jacques Godin, Éric Hoziel. 1h34.
Une urgentologue de Montréal accepte de remplacer un vieux médecin de famille en Abitibi.
Malgré quelques passages plus affectés, un film profond.